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 Boogie Woogie Bugle Boy - Karol

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Victoria Irvin
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MessageSujet: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Lun 28 Déc - 18:03




Victoria repoussa le dernier tiroir de la salle d’archives, il était presque dix neuf heures. La jeune caporale avait les traits tirés par la fatigue. Outre le stress des derniers jours, avec les bombardements qui avaient surpris tout le monde et qui avaient fait des dizaines de morts, Victoria n’arrivait pas à dormir. Elle avait peur. Peur de mal agir, de ne pas être assez réactive, assez forte… Et elle avait peur de mourir. Cela ne l’avait jamais frappée jusque là, mais c’était hélas bien la vérité. Maintenant qu’elle faisait directement face à la situation, l’angoisse lui serrait le cœur. La première nuit, alors qu’elle était de service, avait été un chaos dont elle se rappelait à peine à cause de l’adrénaline. Mais cela ne faisait certainement que commencer et ne risquait pas de s’arrêter pour le moment, la Grande Bretagne étant seule face à ses ennemis. Soudain, elle n’était plus certaine de savoir ce qu’elle voulait ; l’armée avait-elle été un bon choix ? Pétrie d’idéaux patriotiques, elle n’aurait jamais pensé avoir aussi peur. Voulait-elle seulement encore voler, et s’engager dans l’ATA ? Serait-il possible que ses parents aient raison sur son compte ? Tant de doutes qui l’assaillaient. Encore plus depuis que le lendemain matin, alors qu’épuisée, elle avait quitté le ministère, Teddy se tenait là à l’extérieur, adossé à une voiture qu’elle ne connaissait pas mais qui appartenait sans doute à son député. Sans rien dire, il l’avait serrée dans ses bras, longtemps, rassuré comme elle l’était de savoir qu’ils allaient bien tous les deux.

Il l’avait ensuite conduite chez son père, où il était resté pour le petit déjeuner avant de repartir à la Chambre. Lord Irvin avait eut la délicatesse de ne pas être trop brusque avec sa fille, et Victoria avait tenté de dormir, ce qu’elle avait réussi à faire, d’épuisement. Mais depuis, le sommeil la fuyait. Elle soupira, s’appuyant contre les tiroirs où elle venait de ranger les notes prises pendant son quart d’après-midi, quand soudain, sans qu’elle pu les retenir, les larmes se mirent à couler de ses joues. Elle se laissa glisser à terre, ne tentant pas un instant de retenir ses larmes, elle était seule dans la pièce mal éclairée de toute façon. Cela n’avait rien à voir avec la peur qu’elle avait eut alors que Jamie et elle avaient été pris en chasse par un chasseur ennemi, celle-ci avait été rapide, fugace. Ici, elle savait que cela pourrait arriver n’importe quand, à elle, ou à ceux dont elle était proche. Elle laissa ses yeux s’épancher, pendant un long moment. Et, à sa grande surprise, elle se sentit vraiment soulagée quand ses larmes cessèrent de couler. Elle respirait mieux, l’étau autour de sa poitrine s’était dissipé. Elle essuya ses joues non maquillées – cela n’était pas autorisé par le règlement, et heureusement, sinon elle aurait sans doute ressemblé à un panda – et laissa le temps à ses yeux de dégonfler quelque peu avant de quitter la pièce et de la fermer avec une clef que seules les sous officiers de sections communications possédaient. Elle tira sur les pans de sa veste d’uniforme et lissa ses cheveux retenus en chignon.

La jeune femme s’apprêtait à rejoindre le réfectoire pour prendre une tasse de thé, et un petit diner bien mérité, quand, à l’autre bout du couloir, un uniforme gris qui tranchait avec les uniformes bleus de la RAF attira son attention. Il s’agissait bien de l’uniforme qu’elle évitait avec succès depuis quelques semaines, et qui arrivait pile au moment où elle était vulnérable. Le plus naturellement possible, Victoria tenta un demi-tour pour retourner dans la direction par laquelle elle était venue, mais il était trop tard, elle était certaine qu’il l’avait vue. Elle ne pouvait pas non plus traverser tout le bâtiment au pas de course sans attirer l’attention. Que faire ? Cela ne sembla pas gêner Karol Tomasz – puisque c’était bien lui – car il la rattrapa moins de dix mètres plus tard. Affichant un air le plus détaché possible – qui ressemblait bien plus à un sourire crispé, soyons honnêtes – la jeune femme lui fit face, et d’une voix ostensible, au cas ou des oreilles traineraient en passant devant eux, elle lui demanda :

-Capitaine Tomasz ? Puis-je faire quelque chose pour vous être utile ?

Exit, le « Karol » qu’elle lui servait encore quelques temps plus tôt. Depuis qu’il l’avait embrassée – qu’ils s’étaient embrassés…? Elle ne savait plus, ses souvenirs de la soirée la chamboulaient dès qu’elle s’aventurait à y repenser – au concert caritatif, elle ne savait plus comment agir. Elle qui n’avait aucune expérience avec les hommes, le seul autre l’ayant embrassée étant son fiancé, et les hommes de son âge l’approchant étant les amis de celui ou des fils d’amis de ses parents qui jamais ne se seraient aventurés à une telle audace, elle ne savait pas comment réagir. Les bonnes manières, son éducation et son honneur auraient voulu qu’elle détourne les avances du capitaine polonais, mais elle n’en avait pas envie. Parce que pendant leurs discussions, avant la soirée, elle avait ressenti des choses que jamais Teddy ne lui avait fait ressentir : un sentiment de partage, d’intérêt. Elle était elle même, et pas la fille d’un Lord, et la future épouse d’un futur Lord. Mais ce n’était pas convenable pour autant. Victoria était déchirée entre ce qu’elle devait faire et ce qu’elle avait envie de faire. Et elle voyait bien qu’elle faisait du mal à Karol en agissant de la sorte.

Pourtant, il n’eut pas vraiment le temps d’argumenter ou d’exiger quoi que ce soit, la sirène d’alarme se mit en route, et des voix se mirent à crier :

-Aux abris, dans les sous sols. Tous aux abris !

Karol et Victoria ne pouvaient pas l’éviter. La jeune femme se joint à la foule se dirigeant vers les escaliers, espérant un peu mais sans trop y croire perdre le Polonais dans la foule, mais c’était mal le connaître. Une fois dans les sous sols, elle alla s’adosser dans un recoin à l’écart. Ils allaient tous être coincés là un bon moment. Parfois, les murs tremblaient, alors que les bombes heurtaient un quartier ou un autre. Victoria serra les poings pour juguler son angoisse, regardant autour d’elle, mais si elle connaissait certaines des personnes enfermées avec elle, elle n’avait envie de parler à personne, et, dans son petit recoin, elle allait rester tranquille. Mais Tomasz apparut de nouveau devant elle. Et elle n’avait aucun moyen de reculer, elle se contenta de baisser les yeux, honteuse.

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬


'Careless talk costs more than life'
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Karol Tomasz
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MessageSujet: Re: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Sam 23 Jan - 13:29

Le moral de Karol en avait pris un coup. Le jour où l'East End avait été copieusement bombardé, il se rendit compte combien son impuissance était avérée. Avant, n'écoutant de son engagement et son coeur, il se serait envolé dans le premier coucou à sa disposition pour prendre en chasse ces salopards de nazis et les dégommer ! Avant, il aurait vengé les mort, oeil pour oeil, dent pour dent, en usant dans sa carlingue d'un langage peu châtié à chaque fois que les balles touchaient la cible. Mais voilà, les semaines passaient et il se retrouvait cloué au sol, toujours suspecté d'être un espion potentiel. Un sentiment de colère l'habitait et le hantait. Il n'en dormait plus la nuit, tellement la rage s'accumulait. Il se voyait assigné à la suspicion, écarté de toute action, de toute l'adrénaline qu'il aimait sentir couler dans ses veines. Il en devenait fou, au point de songer de plus en plus à voler un appareil pour aider les anglais. Il adviendrait de lui ce qu'il fallait ensuite, il s'en moquait. A mourir ou à aller en prison, autant faire un carton d'abord et en apprécier tous les instants. Être cloué au sol n'expliquait cependant pas toute sa colère et son désespoir. Une femme était responsable de sa peine intérieure, une femme qui lui manquait atrocement. Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! Victoria l'évitait depuis un moment, depuis ce soir, au concert caritatif où il l'avait embrassé, en pensant que ce serait magique et le début d'une idylle. Il n'avait plus aucun doute à son sujet, il l'aimait, au point de vouloir tout faire pour attirer son attention, en témoignait sa virulente insubordination vis à vis de Samuel Anderson. Hélas, ses tentatives pour la ramener à lui n'eurent aucun effet. Et il en comprit la cause... un peu plus tard... On lui apprit que Victoria Irwin était... fiancée ! Oui, un autre homme occupait son coeur. Le coup de poignard fut brutal, violent. La jalousie, elle, prit immédiatement le pas sur sa raison. Après quelques jours passés à s'isoler, renonçant à approcher du bâtiment où Vicky travaillait, il céda à sa colère... et décida qu'il était temps qu'il lui dise ce qu'il avait sur le coeur.

Il croisa peu de monde, quelques officiers esquissèrent un sourire lorsqu'il passa devant eux. Ils savaient pourquoi il était là... Karol n'était pas fin ! Le nombre de fois où il rondinait autour du bureau dans l'espoir de voir celle qui faisait battre son coeur ! Forcément, les gens finissent par comprendre... Le Capitaine toqua à la porte, un peu brutalement, à cause de la jalousie qui le rongeait de l'intérieur. N'importe qui de sensé lui aurait dit d'abandonner, de partir, de laisser tomber. Son caractère impétueux, son franc-parler le poussaient toutefois à persévérer, à dire les choses comme il les pensait et comme il les vivait. Il frappa à nouveau, du pied cette fois, évacuant la rage qui menaçait d'exploser à chaque instant. C'était inhumain... pourquoi ne lui avait-elle pas dit ? Pourquoi le faisait-elle souffrir de cette façon ? Il appuya son front contre la porte et ferma les yeux pour essayer de se calmer. Avec violence, il se fracassa le haut du crâne contre cette barrière infranchissable, peut-être dans l'espoir de l'ouvrir. La douleur lui irradia la tête et il jura en polonais. Il recula les yeux brillants. S'il avait été une femme, il aurait pleuré, oui... parce que la douleur morale l'assassinait. Mais c'était un homme, qui plus est un pilote. Un homme, ça ne pleure pas, point final. Même s'il sentait la tristesse le martelait. Il recula et se positionna contre le mur. Il ne partirait pas tant que quelqu'un ne sortirait pas de ce bureau. Au bout de quelques minutes, il entendit des pas et instinctivement il se tourna. Là, au bout du couloir, se trouvait Victoria. Son coeur manqua plusieurs battements. La colère disparut en un éclair. Il fut comme frappé par la foudre. Et puis... Victoria lui tourna le dos pour rebrousser chemin... Quoi c'est tout ? Même pas un bonjour ? Même pas un comment vas-tu ? Le visage de Karol se ferma, et la colère reprit le dessus. Hors de question qu'il la laisse partir... ça non... Il s'élança à sa suite et la rattrapa en quelques enjambées. Comme elle continuait d'avancer sans le regarder, il lui attrapa le bras, fermement mais sans lui faire mal, pour tenter de capter son regard. Il explosa, se moquant pas mal des témoins potentiels autour d'eux et du protocole :

- Regarde-moi ! Arrête de me fuir ! Arrête de m'ignorer ! Arrête de me tourner le dos ! Arrête !

Il avait levé la voix et celle-ci resonna dans tout le bâtiment. Oui, Karol en avait gros sur le coeur. Il était blessé dans son amour propre et dans fierté, par les anglais et plus particulièrement par Victoria. Pendant son éclat, il n'avait pas réussi à contrôler son accent, roulant les "r", ce qui ne rendait pas certaines parties très intelligibles. A peine eut-il terminé que la sirène retentit, couvrant l'écho de ses derniers mots. Il resta surpris quelques instants. Ca lui coupa le sifflet, et ce fut encore plus frustrant. Il frappa du pied sur le sol et insulta copieusement les nazis dans sa langue natale. Puis, comme tous les autres, il se dirigea vers l'abri le plus proche. Vicoria était devant, elle tentait de le semer... ça le blessa... encore. Mais il ne voulait rien lâcher. Maintenant qu'il l'avait à proximité, il ne la lâchait plus jusqu'à ce qu'il ait pu tout lui dire. Dans la cohue, il aida certaines personnes bousculées à se relever. elles le remercièrent sobrement. Tout le monde était inquiet, sauf lui... A ce moment précis, il se foutait de savoir si les nazis bombarderaient ou non. Tout ce qui lui importait, c'était Vicky... Il entra dans l'abri, aida certains officiers à sortir quelques pansements pour soigner une secrétaire qui avait lourdement chuté et qui s'était ouvert le coude. Puis il arpenta les lieux, bien déterminé à trouver la jeune femme... parce qu'il n'avait pas terminé... oh non... Il finit par la trouver, dans un coin isolé. Elle baissa les yeux, refusant une nouvelle fois de le regarder. Se moquant bien du fait qu'il puisse être entendu, Karol prit la parole, avec un débit passionnel :

- Je t'ai embrassé, je ne regrette rien et si ça ne tenait qu'à moi je recommencerais, je recommencerais même plus fougueusement que jamais, ici ou ailleurs ! Je ne savais pas à ce moment là que tu étais fiancée ! Tu ne me l'as jamais dit ! Ne me reproche pas tes silences ! Ne me reproche pas mes sentiments ! Je ne mérite pas ton mépris, tu entends ? Cesse de faire comme si je n'existais plus ! Ou alors envoie moi loin d'ici ! J'en ai assez de ne servir à rien, j'en ai assez de me sentir exclu. Je veux me battre ! Je veux te revoir, te parler, pouvoir te toucher ! Oui, je le veux... de tout mon être ! Mais ne m'enferme pas dans un placard pour que j'y moisisse ! Je ne veux plus écouter le ramassis de conneries d'Anderson ! Qu'il retourne en Amérique apprendre à des aveugles le pilotage ! Je ne veux plus vivre ce que j'ai vécu l'autre jour, quand ces ordures ont bombardé East End, le chaos sans avoir de moyen d'agir. Qu'on me rende ma liberté, j'irais me battre ailleurs contre ces fumiers ! Ou alors qu'on m'accepte ! J'en ai assez maintenant ! Assez que l'on me juge, que l'on me rejette. Tu veux peut-être te voiler la face, mais ça n'est pas mon cas... je ne renie rien, ce que je ressens pour toi, c'est sincère ! Et je sais que tu ressens la même chose ! Ose me dire le contraire !

C'est sûr que pour la jeune femme, qui ne pouvait s'empêcher de culpabiliser, Karol n'arrangeait pas les choses... En même temps, en le rejetant continuellement, elle ne faisait que récolter ce qu'elle avait semé. Le polonais restait en face d'elle, sans la quitter des yeux. On pouvait voir qu'il était tendu, mais aussi qu'il souffrait bel et bien de ces dernières semaines...

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

   
Keep silent and fight !
- J'ai une nouvelle formalité à vous...
- Dégage !


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MessageSujet: Re: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Dim 7 Fév - 21:16

Victoria ne savait plus quoi faire, ni comment agir. Son éducation lui interdisait de rester une seconde de plus en présence de Karol. Bien qu'il soit lui aussi de bonne famille polonaise, il était arrivé sans rien, et avait la réputation d'un casse-cou, ce qui ne plaisait pas à grand monde. Et pourtant, il ne lui avait jamais rien demandé. Ce baiser aurait pu n'engager à rien si Victoria n'avait pas réagit comme une petite fille effarouchée. Mais elle n'avait pas vraiment su comment réagir autrement, elle qui n'avait presque aucune connaissance des hommes. Si elle était mâture dans bien des domaines, les relations entre les deux sexes n'étaient pas sa spécialité. Et bien qu'elle ait tout fait pour éviter de se retrouver nez à nez avec le capitaine ces derniers temps, elle ne pouvait pas l'éviter éternellement. Si elle avait pensé à lui? Bien sûr, malgré les raids, malgré le stress, la panique, elle avait pensé à lui. Beaucoup. Trop. Heureusement, personne ne pouvait lire dans ses pensées, pas même - surtout pas - sa mère. Pourquoi, Dieu du ciel, fallait-il que tout soit si compliqué? Ne pouvait-elle pas "juste" se concentrer sur la guerre? Bien sûr que non, et son cerveau - son coeur même - ne la laisseraient pas faire, et elle avait apprit il y a longtemps qu'on je jugule pas ses passions. Elle l'avait ressenti avec le vol, chose totalement inconcevable pour elle. Et maintenant, avec d'autres proportions, elle le ressentait à nouveau, et pour une personne, non pas une activité.

Karol lui donnait l'impression de respirer à nouveau, comme un énorme bol d'air frais. Elle ne s'était jamais sentie étouffée dans sa vie pourtant, mais avec Karol, elle n'avait pas besoin d'être ce qu'elle était. Elle était simplement le caporal Irvin, et c'était reposant. Plus que tout, il lui faisait ressentir des choses que Teddy ne lui avait jamais fait ressentir, pas même entre leurs fiançailles et le début du conflit, où tout était rose entre eux. Elle pensait être amoureuse de Teddy, avant de rencontrer Karol. Il la faisait douter, mais à part leur passion de l'aviation, ils n'avaient rien en commun. Cela n'avait rien de raisonnable, rien de réfléchit. Et rien de réel non plus, jusqu'à ce fameux baiser. Victoria ne savait plus quoi faire, ni quoi penser, et encore moins quoi dire. Aussi, parfois, battre en retraite était la chose la plus raisonnable à faire. On lui avait toujours apprit à respecter les conventions et les règles de son monde, et son bon caractère ne lui avait jamais fait envisager autre chose, ou vouloir autre chose. Sa seule "rébellion" avait été de vouloir apprendre à piloter, et il ne lui avait pas fallut faire preuve de trésors de négociation pour y parvenir. Mais aujourd'hui, la chose était différente. Et on ne disait pas "non" à tout ce qui nous entourait pour une passade, un engoument soudain. Tout cela était mal et éviter Karol avait été le meilleur moyen pour ne plus risquer une bêtise, à défaut de ne plus pouvoir y penser.

Mais le ministère n'était pas bien grand, et elle savait que ce n'était que reculer l'échéance à l'éviter ainsi. Ses collègues avaient bien remarqué, en salle de repos, qu'on voyait beaucoup moins le capitaine Tomasz, ces derniers temps, mais Victoria les avait ignorées, et devant l'absence de réaction de la jeune femme, elles avaient lâché l'affaire. Pourtant, en croisant Karol ce jour-là après son quart, alors qu'elle venait de pleurer un long moment, évacuant ainsi la pression, la seule réaction logique avait été de tourner les talons, et, quand il l'avait rattrapée - chose qu'elle aurait préféré qu'il ne fasse pas, était-il utile de le préciser ? - devant sont feint professionnalisme, il avait explosé. Victoria était devenue blême, elle aurait voulu lui intimer de se taire, de ne pas faire un scandale, et encore moins ici, devant tout le monde, dans un couloir fréquenté, où on les regardait bizarrement. Victoria fut tristement sauvée par le gong, la sirène d'alarme se mettant à retentir, et la jeune femme en profita pour tenter de s'éclipser, se noyant dans la foule des militaires allant se mettre à l'abri dans la parti du sous-sol aménagée à cet effet. Dans un recoin, adossée au mur, elle attendait, comme les autres, la fin de l'attaque, ce qui pouvait durer un long moment. Mais c'était compter sans la pugnacité de Karol qui la retrouva sans trop de difficultés - où pouvait-elle aller de toute façon? Il ne lui laissa même pas le temps de lui demander de ne pas faire un esclandre alors qu'il se mit à débiter à toute vitesse.

- Je t'ai embrassé, je ne regrette rien et si ça ne tenait qu'à moi je recommencerais, je recommencerais même plus fougueusement que jamais, ici ou ailleurs ! Je ne savais pas à ce moment là que tu étais fiancée ! Tu ne me l'as jamais dit ! Ne me reproche pas tes silences ! Ne me reproche pas mes sentiments ! Je ne mérite pas ton mépris, tu entends ? Cesse de faire comme si je n'existais plus ! Ou alors envoie moi loin d'ici ! J'en ai assez de ne servir à rien, j'en ai assez de me sentir exclu. Je veux me battre ! Je veux te revoir, te parler, pouvoir te toucher ! Oui, je le veux... de tout mon être ! Mais ne m'enferme pas dans un placard pour que j'y moisisse ! Je ne veux plus écouter le ramassis de conneries d'Anderson ! Qu'il retourne en Amérique apprendre à des aveugles le pilotage ! Je ne veux plus vivre ce que j'ai vécu l'autre jour, quand ces ordures ont bombardé East End, le chaos sans avoir de moyen d'agir. Qu'on me rende ma liberté, j'irais me battre ailleurs contre ces fumiers ! Ou alors qu'on m'accepte ! J'en ai assez maintenant ! Assez que l'on me juge, que l'on me rejette. Tu veux peut-être te voiler la face, mais ça n'est pas mon cas... je ne renie rien, ce que je ressens pour toi, c'est sincère ! Et je sais que tu ressens la même chose ! Ose me dire le contraire !

-Arrête... Arrête. Arrête! fini par s'exclamer la jeune femme.

Se redressant légèrement, elle releva les yeux vers lui, en colère cette fois, chose rarissime chez la douce et patiente Victoria, qui avait été élevée comme telle. Elle ne supportait pourtant pas ce flot de rage, bien que passionnelle, de la part du pilote polonais. Alors oui, peut être qu'elle avait des sentiments pour lui, mais ce n'était pas une raison de l'attaquer ainsi. Quand à penser qu'elle, pauvre caporal, était responsable de son placement au placard, il se trompait lourdement, ce qui la rendait hors d'elle. Pointant un doigt accusateur sur la poitrine du pilote, elle siffla à mi-voix, de manière à ce que les oreilles indiscrètes - heureusement plus intéressées par les bombardements que par leur petite scène - ne puissent pas l'entendre.

-Oui, je suis fiancée. Si tu veux tout savoir, il est fils de baron, et cela date d'avant la guerre. Parce que oui, à la ville, je suis Lady Victoria Irvin, fille du marquis de Conway et de Lady Maud Wallace, qui est elle-même mariée au ministre de la marine. Si je ne te l'ai pas dis, c'est parce qu'ici, je suis juste le Caporal Irvin, et j'ai bien l'intention de le rester. Sais-tu à quel point il est difficile d'être prise au sérieux quand on vient de mon milieu? Le monde entier pense qu'on ne sait que les bonnes manières, et que la seule chose qui nous intéresse est la couleur en vogue pour la prochaine saison mondaine. Je me suis battue pour être là, contre mon milieu, contre mes parents... Mais là d'où je viens, on ne peut pas non plus tout envoyer promener sur un coup de tête. Alors oui, t'embrasser m'a troublée, cela me trouble encore rien que d'y penser, et peut être que oui, j'ai encore envie de t'embrasser moi aussi, mais je ne peux pas. Ce n'est pas mon cœur qui décide, mais mes obligations. Parce que si ça, c'est bien réel - elle désigna son grade de caporal à son épaule - ceci, ajouta-t-elle en sortant sa bague de fiançailles hors de prix au bout de la chaîne à son cou, l'est tout autant. Et je ne peux tout simplement pas faire une croix dessus.

Victoria n'avait sans doute jamais été aussi virulente de toute sa vie, et ses gouvernantes s'en seraient arraché les cheveux. Sa mère en aurait fait un malaise et son père aurait demandé l'arrestation immédiate du pilote polonais - et l'aurait obtenue, sans aucun doute.

-Quand à te mettre dans un placard, je n'y suis absolument pour rien, je ne suis qu'un pauvre petit caporal! Je ne suis pas en charge de ton évaluation, c'est Anderson qui, dans ses rapports, assigne son jugement, et ensuite, les officiers supérieurs rendent leur décision. A part transmettre ton dossier, je ne peux absolument rien faire de plus.

Elle soupira, se calmant un peu, baissant les yeux de nouveau.

-Je suis désolée.

Sauf circonstances gravissimes, quand on est une lady, on ne rompt pas des fiançailles sur un coup de tête - ou dans le cas précis, un coup de coeur. L'entendre mentionner l'East End lui avait rappelée cette nuit de cauchemar qu'elle n'arrivait pas à se sortir de la tête, et qui l'avait rendue si fragile une demie heure plus tôt. Ce cauchemar ne faisait que commencer.

Une bombe tomba, proche, peut être même sur le ministère. Le sol et les murs tremblèrent. On cria autour d'eux. Le plafond s'effrita, de la poussière en tomba. Une plaque de plâtre, plus large que le reste, se détacha du plafond au dessus de la tête de Karol.

-Attention! S'exclama Victoria, en le saisissant par la manche et l'attirant contre elle, dans un réflexe qui lui évita d'être assommé, la plaque de plâtre éclatant en mille morceaux à leurs pieds.

La lumière trembla un peu et son intensité diminua dans le sous sol rempli à craquer, et Victoria, se rendant compte qu'elle venait de réduire la proximité entre Karol et elle là où il aurait fallut l'intensifier au maximum. Elle tenta de normaliser leurs rapports par une pauvre tentative bien maigre:

-Ca va? Tu n'as rien?

Les joues rouges, de gêne et un peu de colère, elle ne savait vraiment plus où se mettre.

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MessageSujet: Re: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Jeu 3 Mar - 21:37

Karol n'était pas du genre à baisser les bras. Sa pugnacité l'avait sauvé de nombreuses fois. En plus il était têtu et n'entendait que difficilement raison. Il ne laisserait pas tomber ses sentiments, en dépit de ce que Victoria ferait ou de ce qu'elle lui dirait. Pourtant, quand elle sortit la bague de fiançailles pour la lui agiter sous le nez, dans son excès de colère, le pilote sentit comme une entaille sur son coeur. Il n'avait rien sur lui, même pas de solde, puisque pour l'instant, il n'était rien. Il comprit que malgré ce qu'elle clamait, Victoria menait une vie bon train. Le genre de vie pour laquelle il ne serait jamais à la hauteur. Il lui faudrait des siècles pour avoir les moyens de lui acheter un bijou. La jalousie et la rage l'incitèrent à se saisir du diamant et à le jeter dans la bouche d'évacuation non loin. Mais fort heureusement, sa raison l'en empêcha. Il se contenta juste de froncer les sourcils et de la fusiller du regard, tandis qu'elle lui faisait comprendre qu'elle préférait son confort à leurs sentiments. Il resta silencieux, pour ne pas être méchant. Il ne voulait pas la blesser, malgré ce qu'elle lui infligeait. Le rejet était pire que l'ignorance en fait. Elle enchaina avec son dossier et là, il sentit les nerfs le gagner. Nul n'ignorait dans les rangs, qu'il n'en pouvait plus de rester sur la touche. Plus le temps passait, plus Karol devenait agressif sur cette question. Ulcéré, le polonais serra les poings et reprit la parole, en montant la voix, se souciant peu des autres et de la volonté de Victoria de vouloir rester discrète. Il en avait gros sur le coeur :

- Anderson ! Toujours Anderson ! Il têtait le sein de sa mère alors que je pilotais déjà ! Et je devrais être jugé par un type comme lui ? Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ? Je vais te le dire... il est américain. Et ça lui donne tous les droits, même celui de bloquer mon dossier ! Tous les hommes que j'ai commandé avant sont là, ils se battent, vous leur faites confiance. Tous témoignent depuis le début pour dire que non, je ne suis pas un nazi ou un espion. Mais de ça, tout le monde s'en fout. Tu m'as dit de prendre sur moi, de laisser le temps faire son oeuvre... je t'ai écouté, j'ai tâché de montrer ce que je valais. Et puis, tu m'as tourné le dos... sans même prendre la peine de m'expliquer pourquoi ! Comme tu as tenté de le faire aujourd'hui encore. Mais, très bien... j'ai bien reçu le message. Je suis le type qui fait tâche, à tel point que tu chuchotes. J'ai pas la tête catholique, ça fait de moi un suspect permanent. Je vais demander à ce qu'on annule mon dossier, ma demande, qu'on m'expulse de ce trou à rats. Et j'irais me battre dans le sud de la France, où on m'a déjà fait confiance par le passé ! A moins que vous ne m'expédiez en prison et dans ce cas...

Le bruit de la bombe résonna. Avant qu'il ne puisse continuer, il se sentit tiré vers l'avant. Un grand fracas se fit entendre derrière lui. Il regarda la plaque de plâtre sur le sol. C'était moins une. Alors que Victoria reprit la parole, il lâcha amer :

- Non, hélas, je n'ai rien... ça aurait peut-être réglé le problème.

Il la regarda alors et comme d'ordinaire, il sentit son coeur s'emballer. Elle était splendide, encore plus quand elle rougissait. Le jeune homme finit quand même par lui dire merci, sans détourner le regard. Il n'oubliait pas qu'elle avait été troublée par ce baiser, ni qu'elle avait déclaré qu'elle aurait voulu encore l'embrasser. La bombe eut au moins le mérite de le calmer un peu. Il parla, sur un ton plus bas, plus discret :

- Tu te rappelles pourquoi tu as fait pilote ? Moi, oui, je m'en souviens comme si c'était hier. La sensation d'être libre, de me défaire des chaînes que mes parents avaient tenté de m'imposer. Je me suis engagé, parce que je voulais donner un sens, un vrai à ma vie. Chaque fois que je m'envole, je sais que ce sera peut-être la dernière. Et je vis ça intensément. Et toi, es-tu vraiment sûre de vivre ta vie comme tu l'entends ? En restant fiancée avec un homme que tes parents t'ont choisi ? Tout ça pour "satisfaire" des traditions de nobles ? Je serais jamais un baron, je n'ai pas une livre, je ne suis pas héritier d'un empire. Mais t'étais pas obligée de me tourner le dos...

Il y eut à nouveau le bruit d'une bombe qui s'écrasa non loin. Le sol trembla mais cette fois rien ne tomba du plafond. Les gens s'affairaient un peu plus loin pour vérifier si personne n'avait rien de cassé. Instinctivement, Karol s'était rapproché de Victoria pour la protéger à son tour. Il s'en rendit compte mais il ne recula pas et ne fut pas gêné pour autant.

- Tu dis que ta bague et ton grade sont bien réels. Mais ça aussi, c'était bien réel...

Au culot, il s'avança vers elle pour l'embrasser. Ce fut moins intense et plus rapide que la première fois. Pourtant, on sentait qu'il y mettait la même conviction. Cette fois, elle ne pourrait pas s'échapper...

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MessageSujet: Re: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Lun 21 Mar - 14:50

Victoria était cartésienne, et n'aimait pas les changements qu'elle ne pouvait pas controler. Alors avoir une conversation sur un baiser fugitif, avec un pilote polonais, à la sortie de son quart, dans les sous-sols du Ministère de l'Air, pendant que des bombes allemandes pleuvaient au dessus de leur tête faisaient beaucoup d'informations que la jeune femme avait du mal à intégrer. Si elle avait été gênée de prime abord, elle était désormais plutôt en colère, agacée d'être jugée encore une fois, par quelqu'un qui la chamboulait, mais qui aussi la connaissait à peine. Elle n'avait qu'une peur, que quelqu'un entende cette conversation qu'elle avait absolument voulut éviter jusque là. Et hélas, ça n'avait été que reculer pour mieux sauter. Pendant les bombardements, elle n'avait pas la moindre échappatoire, et ceux-ci pouvaient durer toute la nuit ou presque. N'étant pas vraiment suicidaire, l'idée de quitter le sous-sol ne lui avait heureusement pas même traversé l'esprit, c'était toujours ça de prit. Karol était tenace, ce trait de caractère qu'elle avait trouvé charmant et adorable quand il montrait sa détermination à rejoindre les forces de la RAF, la mettait désormais mal à l'aise alors qu'il la poursuivait et voulait absolument une explication sur ce baiser qui avait autant surprit la jeune femme qu'il l'avait ravit. Pour avoir parcouru le dossier du pilote, elle savait très bien qu'il était de bonne famille, en Pologne, et que dans d'autres circonstances, elle n'aurait pas eut à rougir de le présenter à qui que ce soit, et de paraître à son bras. Mais voilà, outre le fait qu'il avait tout perdu ou presque dans cette retraite précipitée qui était pourtant toute à son honneur, elle était fiancée.

S'il fallait comparer les sentiments qu'elle avait pour Teddy et Karol, ils n'avaient rien de semblable. Elle avait cru être amoureuse de Teddy; ils étaient proches, se connaissaient depuis l'enfance, s'entendaient plutôt bien, venaient du même monde, il était drôle, charmeur... Bref, le parfait bachelor que Victoria, décrite comme "chanceuse", avait réussi à se réserver - point de vue des amies de sa mère, bien évidemment. Bref, Teddy était l'homme parfait pour la jeune femme qu'elle était encore deux ans auparavant. Mais voilà, la guerre était arrivée et elle lui avait amené Karol. Karol était bravache, pas du genre à respecter les conventions et se débattait pour ce qu'il voulait, ce qui lui attirait souvent des ennuis. Si Victoria était naïve, elle n'était pas stupide et connaissait bien des histoires de dames de la bonne société qui, s'amourachant d'un homme similaire, avait finies aux bans de leur monde une fois l'amourette passée. Et elle avait peur. Peur de ses sentiments, déjà, car elle n'en avait jamais connu de si... exaltants, mais aussi du regard des autres, ce regard que dans son monde, on ne peut pas oublier, même quand on le voudrait, ou quand on prétendrait le faire. Les ragots, les murmures... Non, les apparences étaient encore plus précieuses que la dot d'une jeune fille. Et quand bien même peu de gens dans le sous sol savaient qu'elle était une lady, elle ne pouvait pas non plus risquer qu'une rumeur se propage, elle reviendrait bien trop vite aux oreilles de sa famille. C'était ce qu'elle essayait de faire comprendre à Karol, tout en étant tout de même un peu sortie de ses gonds, il fallait bien l'admettre.

- Anderson ! Toujours Anderson ! Il têtait le sein de sa mère alors que je pilotais déjà ! Et je devrais être jugé par un type comme lui ? Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ? Je vais te le dire... il est américain.

-Australien, rétorqua Victoria à mi-voix, mais, lancé dans sa diatribe, Karol ne l'entendit même pas.

-Et ça lui donne tous les droits, même celui de bloquer mon dossier ! Tous les hommes que j'ai commandé avant sont là, ils se battent, vous leur faites confiance. Tous témoignent depuis le début pour dire que non, je ne suis pas un nazi ou un espion. Mais de ça, tout le monde s'en fout. Tu m'as dit de prendre sur moi, de laisser le temps faire son oeuvre... je t'ai écouté, j'ai tâché de montrer ce que je valais. Et puis, tu m'as tourné le dos... sans même prendre la peine de m'expliquer pourquoi ! Comme tu as tenté de le faire aujourd'hui encore. Mais, très bien... j'ai bien reçu le message. Je suis le type qui fait tâche, à tel point que tu chuchotes. J'ai pas la tête catholique, ça fait de moi un suspect permanent. Je vais demander à ce qu'on annule mon dossier, ma demande, qu'on m'expulse de ce trou à rats. Et j'irais me battre dans le sud de la France, où on m'a déjà fait confiance par le passé ! A moins que vous ne m'expédiez en prison et dans ce cas...


Victoria était à deux doigts de le gifler, et ça aurait été une première. Pas - uniquement - parce qu'il l'agaçait, avec son caprice, car il n'était plus en Pologne où il pouvait faire les quatre cents coups et se permettre de braver son état major, mais bien en Angleterre où les règles sont à respecter, mais plutôt pour qu'il cesse sa petite gérémiade et son chantage et reprenne sens. Mais elle n'en eut heureusement ni le besoin, ni le temps. Avec un réflexe sans doute dut elle aussi au pilotage, elle le prit par le bras et l'attira contre le mur pour l'empêcher de se faire assomer par des gravats se détachant du plafond. Il l'avait échappée belle, et quand elle lui demanda s'il n'avait rien, sa réponse fut agaçante de cynisme.

- Non, hélas, je n'ai rien... ça aurait peut-être réglé le problème.

-Ne dit pas n'importe quoi, rétorqua-t-elle en essuyant nerveusement la poussière déposée sur son uniforme pour se donner une contenance. Ils étaient bien plus proche que la décense ne le permettait. Quand il la remerciait, elle haussa les épaules, espérant que le rouge de ses joues s'estomperait vite. Karol baissa le ton pour continuer son pladoyer.

-Tu te rappelles pourquoi tu as fait pilote ? Moi, oui, je m'en souviens comme si c'était hier. La sensation d'être libre, de me défaire des chaînes que mes parents avaient tenté de m'imposer. Je me suis engagé, parce que je voulais donner un sens, un vrai à ma vie. Chaque fois que je m'envole, je sais que ce sera peut-être la dernière. Et je vis ça intensément. Et toi, es-tu vraiment sûre de vivre ta vie comme tu l'entends ? En restant fiancée avec un homme que tes parents t'ont choisi ? Tout ça pour "satisfaire" des traditions de nobles ? Je serais jamais un baron, je n'ai pas une livre, je ne suis pas héritier d'un empire. Mais t'étais pas obligée de me tourner le dos...

Victoria soupira. Comment lui faire comprendre? Autant être franche, il ne pourrait pas le lui reprocher, quels que soient les sentiments qu'elle ressentait, il fallait les oublier. Ce fut d'une voix triste qu'elle rétorqua.

-Tu oublies quelques détails: je suis une femme, ce qui me laisse beaucoup moins de marge de manoeuvre que toi, et au final, c'est ma réputation, ma famille qui seront salis. Personne n'a choisit Teddy pour moi, cela s'est fait, tout simplement, on ne m'a pas forcée, même si j'ai l'impression que cela date d'un autre siècle. Et ce n'est pas pour une raison d'argent que je ne peux pas. Ce n'est pas ta faute, nous sommes juste trop différents. Je t'en prie...

Victoria en avait les larmes aux yeux, c'était une déchirure. Il était trop tôt pour penser à la fin de la guerre, mais si jamais celle-ci se finissait, qu'adviendrait-il? Elle adorait sa mère et la respectait énormément, mais elle ne se voyait pas mener sa vie de dame du monde connue de tous, pas plus que celle de noble dame de la campagne de sa belle-mère. La guerre lui avait ouvert les portes d'une forme d'indépendance. Et qu'en était-il de ce fiancé qu'elle ne voyait presque jamais ces derniers temps? Ca aurait été mal connaître Karol que de penser qu'il se rangerait à ces arguments.

- Tu dis que ta bague et ton grade sont bien réels. Mais ça aussi, c'était bien réel...


Et s'avançant vers elle, il l'embrassa. Coincée entre le capitaine et le mur, le caporal Irvin ne pouvait plus reculer. Et elle n'avait plus envie de le gifler, et finit par répondre à son baiser. Quand il recula, elle soutint son regard. Qui saurait? Portant sa main au visage du jeune homme, elle lui caressa la joue, avec un triste sourire.

-Tout va bien, Irvin? Tomasz?

La voix d'un gradé, sur de lui. Victoria repoussa rapidement Karol, pour mettre une distance respectable entre eux deux, et fut la plus rapide à reprendre contenance.

-Pas de blessé ici, mon commandant.

-Bien.

Le gradé eut un instant un regard circonspect, allant de l'officier à la sous-officier, avant de continuer son tour d'inspection. Victoria soupira, c'était moins une. Les bombes semblaient s'éloigner, les murs tremblaient moins, mais tant que le "All Clear" n'était pas prononcé, il était impensable de quitter l'abri. Elle eut un sourire timide à l'intention de Karol, avant de prendre sa main dans la sienne.

-Viens.

Elle s'assit par terre, contre le mur, sa main dans la sienne l'intimant à l'imiter. Elle voulait juste poser sa tête contre son épaule et se blottir contre lui, au moins pendant les quelques heures à venir. Avant de refaire comme si de rien n'était.

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬


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MessageSujet: Re: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Jeu 7 Avr - 0:19

Karol n'en faisait qu'à sa tête et dans un sens, ici, il avait raison. Il ne voulait pas laisser filer Victoria. Il restait complètement insensible à ce qu'elle lui disait, sur le fait qu'elle avait un fiancé, qu'ils étaient trop différents pour s'entendre ou pour que ça marche entre eux. Non, il balayait ses arguments parce qu'il ne voulait pas les entendre. Comme si le simple fait d'en faire abstraction suffisait à établir une vérité. Tomasz avait la réputation d'un homme au fort caractère tenace, têtu, impatient. Il avait dirigé ses hommes avec un charisme certain, refusant de se faire dicter sa conduite par des codes. Et maintenant qu'il était en Angleterre il ne pouvait plus faire pareil. Ici, tout était... bureaucratisé. On aimait perdre du temps en palabres et en procédures. Pas étonnant qu'Hitler ait réussi à faire son IIIème Reich ! C'est surement pas avec des mous du genou comme Dalladier ou Chamberlain qu'il devait être inquiété ! En attendant, voilà où ils en étaient. Et lui ne pouvait toujours pas se battre. On le considérait comme un traître, comme une brebis galeuse. Le fait d'être suspecté le mettait en colère. Il le vivait comme un affront. Et d'obtenir le soutien de Victoria avait beaucoup compté. Il lui devait de tenir le coup et de ne pas tout plaquer. Parce qu'ici, elle avait été la première personne à le traiter comme un égal. Tous les autres, même Anderson, le jugeaient de haut.

Il apprécia moyennement lorsqu'elle le poussa pour l'écarter d'elle. Et ce commandant qui venait troubler ce moment ? Mais de quoi il s'occupait lui ? Karol lui adressa un regard furibond. Ah s'il n'avait pas été interrompu par le Caporal, il aurait volontiers répliqué avec cynisme. Qu'est-ce qu'il en avait à faire de son état de santé lui ? Il aurait sans préféré signer une inhumation plutôt que de s'occuper de son dossier. Le faux-cul ! Et puis surtout, il venait casser un moment de proximité entre lui et la jeune femme. Un moment, les deux hommes se fixèrent, puis le commandant reprit son inspection. Victoria le regarda. Il avait le visage dur, irrité par ce qu'il venait de vivre. Mais elle lui adressa un sourire qui capta toute son attention. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir des yeux de biche quand il l'observait. Il se sentait bien, heureux. Comble du comble, elle lui prit la main. Il se laissa faire, surpris par ce contact. Elle l'invita à s'asseoir au sol, contre la paroi de l'abri. Il s'exécuta sans un mot. Et puis Victoria vint se blottir contre lui, en posant sa tête sur son épaule. Il avait du mal à comprendre ce qu'il se passait. Cinq minutes plus tôt, elle lui faisait comprendre que rien ne pouvait se passer et là maintenant... enfin bref peu importe. Il appréciait ce contact. Naturellement, il passa son bras autour de ses épaules pour la serrer légèrement contre lui. Il n'avait pas eu l'impression d'être aussi massif la dernière fois qu'ils avaient dansé ! Mais leur proximité restait moins forte. Il détestait le silence, aussi, il prit la parole, à voix basse, comme s'il avait enfin compris !

- Qu'est-ce que ça peut bien lui faire si je suis blessé ou pas ? Je suis certain que ça l'arrangerait bien, il me mettrait invalide et puis "bye-bye" comme vous dites !

Son anglais était déjà assez guttural. Mais quand il reprenait certains mots, comme bye-bye, il avait une façon d'accenturer les voyelles qui pouvait faire sourire. Karol sortit une cigarette qu'il alluma d'une main. Et il reprit :

- Ici, je n'ai plus personne. Je ne sais même pas ce qu'est devenue ma famille. Est-ce qu'ils sont prisonniers ? Morts ? Je l'ignore... A part toi, il n'y a personne d'autre qui me fait confiance ou qui s'intéresse un tant soit peu à moi. J'ai été jusqu'à insulter l'américain, Anderson, devant les autres élèves pour te revoir. J'aurais été prêt à le tabasser si ça m'avait permis de t'apercevoir. Bon, j'exclus pas de lui coller un marron dans le nez un jour. Ce connard prétentieux commence à m'échauffer sévère !

C'était probablement la première fois qu'il se montrait grossier. En général, ça témoignait d'un ras-le-bol. Il faut dire que mettre Karol sous les instructions de Samuel n'avait pas été la meilleure idée du siècle ! Loin s'en faut ! Les deux hommes ne pouvaient pas se sentir. En fait, ils se respectaient beaucoup mais Karol ne supportait pas qu'il soit son supérieur hiérarchique. Et Samuel ne manquait jamais une occasion pour le remettre en place ce qui, bien évidemment lui déplaisait fortement. Il n'allait pas s'excuser pour le qualificatif insultant qu'il avait employé à son égard. Il poursuivit, bien décidé à parler d'eux deux, de leur "avenir" :

- Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ? Je ne veux pas que tu m'ignores encore... Je ne le supporterai pas...

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

   
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MessageSujet: Re: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Mer 13 Avr - 15:49

Les murs tremblaient encore de temps à autre, mais cela semblait se calmer quelque peu. Assise par terre sur le sol sec, mais froid, Victoria réfléchissait à toute vitesse. Qu'est ce qu'elle venait de faire? Simplement fiancée, pas encore mariée, et déjà adultère en quelque sorte. Etait-ce sa faute, à elle, si Karol lui plaisait bien plus que Teddy ne lui avait jamais plu? Elle ne contrôlait pas ses sentiments... Et pourtant au fond d'elle-même elle entendait déjà sa mère lui rétorquer que si, quand on voulait, on pouvait, même quand il s'agissait d'aimer. Maud ne comprendrait pas. Victoria ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. C'était une femme qui avait divorcé car ses idées politiques n'étaient pas en accord avec celles de son mari, voilà tout. Une femme qui savait ce qu'elle voulait, alors que sa fille n'était même pas sûre de le vouloir. Ce qu'elle voulait, au fond? Voler pour l'ATA, et pensait se donner les moyens de réussir en passant par la WAAF, mais là encore, ses parents avaient mis leur grain de sel, elle était là, bien à l'abri, au ministère, quand d'autres subissaient les bombardements et attaques sur les côtes. Enfant privilégiée, mais comme tous les privilèges, il venait avec un prix. Victoria n'était ni une rebelle, ni une ingrate, et cette guerre, tout en étant une plaie pour l'Angleterre, pourrait peut être lui donner cette indépendance qu'elle lui avait révélée et et à laquelle elle n'avait jamais ne serait-ce que songé jusque là. Après tout, elle lui avait fait rencontrer Karol.

Il était si différent des jeunes gens anglais de bonne famille qu'elle avait connus jusque là. Bien plus irrévérencieux, moins inquiet des convenances... Mais Victoria savait qu'on finissait toujours par détester quelqu'un pour ce qu'on l'avait aimé au premier abord. Etait-ce seulement de l'amour? Elle n'avait jamais ressenti ça pour personne, et ce côté un peu déguingandé et perdu l'attirait encore plus chez le pilote polonais. Ils pouvaient tous les deux se faire tuer à n'importe quel moment, mais ils avaient moins de chance tant qu'ils étaient cloués au sol. Au fond d'elle-même, bien que cela le rende profondément malheureux, Victoria était ravie que Karol ne puisse pas encore volé, elle avait moins de craintes. Mais elle savait aussi, pour avoir lu son dossier et le connaître par coeur, que ce fils de banquier était une tête brulée et qu'il ne suffirait pas de le garder à terre pour l'empêcher de faire ce qu'il voulait faire. Et elle le comprenait. En attendant, ce n'était pas avec une telle attitude qu'il allait réussir à changer les notes de ses supérieurs sur lui. Il fallait qu'il rentre dans le rang, ne serait-ce que momentanément, pour enfin réussir à atteindre son objectif. Il n'avait pas le choix. C'était ça, ou rester cloué au sol jusqu'à la fin de la guerre. Ne restait plus qu'à le convaincre, et c'était bien loin d'être une mince affaire pour la jeune femme qui avait déjà qu'elle allait avoir du mal...

-Qu'est-ce que ça peut bien lui faire si je suis blessé ou pas ? Je suis certain que ça l'arrangerait bien, il me mettrait invalide et puis "bye-bye" comme vous dites !

-Arrête. C'est normal de faire un point sur l'état des troupes pour un officier, tu es injuste. Ne voit pas le mal partout, on croirait que tu vas devenir paranoïaque.


Alors qu'il allumait sa cigarette, Victoria laissa aller sa tête contre le mur froid du sous sol à l'éclairage hésitant. Cette situation paraissait irréelle... Quelques mois plus tôt, elle prenait le thé avec ses amies de pension, futures demoiselles d'honneur, à parler couleur de décoration et gâteau, et maintenant, elle était en uniforme, dans une cave, à attendre la fin d'un raid, ne songeant même plus à ce mariage dont, au fond, elle n'avait plus envie. Vous parlez d'un écart...

- Ici, je n'ai plus personne. Je ne sais même pas ce qu'est devenue ma famille. Est-ce qu'ils sont prisonniers ? Morts ? Je l'ignore... A part toi, il n'y a personne d'autre qui me fait confiance ou qui s'intéresse un tant soit peu à moi. J'ai été jusqu'à insulter l'américain, Anderson, devant les autres élèves pour te revoir. J'aurais été prêt à le tabasser si ça m'avait permis de t'apercevoir. Bon, j'exclus pas de lui coller un marron dans le nez un jour. Ce connard prétentieux commence à m'échauffer sévère !


La jeune femme ne répondit pas, trop choquée, se contentant d'observer du coin de l'oeil le profil taillé à la scerpe du polonais. Elle n'osait imaginer ce que cela devait faire, de ne pas savoir... Ne pas savoir ce que son frère et sa soeur seraient devenus, ses parents... L'ignorance était pire que tout, elle ne était convaincue. Mais c'était surtout le reste qui l'avait choquée.

-Tu as fais quoi? Mais tu es inconscient! Où te penses-tu? C'est incroyable comme idée!


Impensable! Comme s'il n'avait pas assez de problèmes comme ça! Certes, c'était peut être un peu aussi sa faute à elle, mais là n'était pas la question, et ce n'était pas une raison.

-Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ? Je ne veux pas que tu m'ignores encore... Je ne le supporterai pas...

Victoria soupira. Etait-ce une sorte de chantage? Non, pas vraiment, puisqu'elle aussi n'avait pas envie de l'ignorer, bien que le terme ne lui plaisait pas du tout.

-Je ne t'ignorais pas, j'avais besoin de faire le point. Je ne sais pas comment ça se passe pour la bonne société polonaise, tu sais sans doute mieux que moi, vu la situation de ta famille, mais en Angleterre, il n'est pas convenable pour une jeune femme engagée d'avoir d'autres prétendants.

Elle le taquinait plus qu'autre chose. Mais en disant cela, une idée venait de germer dans son esprit. Si elle avait tant d'influence que ça sur le pilote, il était temps de tenter de s'en servir.

-Nous allons faire un marché. Tu rabaisses tes prétentions face au lieutenant Anderson - qui est Au-stra-lien, pas Américain - laisse moi finir! Je disais donc, tu rabaisses tes prétentions face au lieutenant, ton officier instructeur, tu rentres dans le rang, ce qui devrait te permettre de piloter à nouveau assez vite, et en échange, j'arrête de t' "ignorer" comme tu dis. Deal?

Elle lui tendit la main dans la pénombre. Pour l'instant, elle n'avait pas de meilleure offre à lui faire, mais si cela pouvait l'aider... Alors qu'elle lui tendait la main, le "all clear" se mit à sonner par cette sirène caractéristique, et les employés du ministères commencèrent à se lever et prendre le chemin de la porte pour quitter l'abri antiaérien.

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MessageSujet: Re: Boogie Woogie Bugle Boy - Karol Mer 25 Mai - 22:36

Faire de la mauvaise foi ? Lui ? Quelle idée ! Non ça n'était pas du tout son genre ! Le gradé en prit pour ses épaulettes, tant et si bien que Victoria rabroua Karol de façon assez sèche. Oui, il était normal pour un officier de faire un état des lieux de ses troupes et de s'assurer que ses soldats soient en bonne santé. Il en savait quelque chose puisque lui aussi, il s'en inquiétait, du temps où on le maintenait pas au sol avec des boulets administratifs et des chaines de suspicion ! Tomasz tira sur sa clope, s'entourant d'une fumée âcre, désagréable, mais qui l'apaisait un peu. Sa famille ? Oh bien sûr qu'elle lui manquait. Il ne savait pas ce qu'ils étaient devenus. Et chaque jour, les questions continuaient de s'accumuler. Il se murmurait que les juifs étaient dénoncés et emprisonnés, à ce moment là, personne ne savait encore qu'elle serait l'horreur et l'ampleur du massacre. Karol espérait simplement que le reste de sa famille soit bien traité et qu'ils échappent aux combats. Quand il expliqua à Victoria qu'il avait tout fait pour qu'elle le remarque, il en parlait non sans une certaine fierté.

Parce que le plan avait consisté à mettre Anderson en pétard et ça, ça n'avait pas de prix ! Entre les deux hommes, tout restait une affaire d'égo. Karol ne manquait pas de lui tenir tête, réfusant l'idée qu'un type dans son genre ne lui donne d'ordre. Il avait autant d'heures de vol, si ce n'était plus ! Et puis, pas question de se laisser faire par un américain... Il afficha un air revêche et rebelle, qui lui allait extrêmement bien, soit dit en passant, lorsque Vicky le qualifia d'inconscient. Tant mieux, qu'elle soit choquée, qu'elle s'en souvienne pour les prochaines fois ! Parce qu'elle le rendait complètement fou et qu'il n'avait nullement l'intention de laisser tomber. Elle lui plaisait, tant physiquement que de caractère. Rien, ni Anderson, ni Teddy, ni personne ne le pousserait à renoncer. Pourtant, n'avait été plus blessant que l'ignorance. Elle avait fait comme s'il n'existait plus, alors qu'au moment où il l'avait embrassé, il la pensait célibataire ! Quand elle se mit à le taquiner, il prit son propos au premier degré et répliqua :

- En Angleterre, vous avez décidément trop d'attachement à la convenance. Chez moi, en Pologne, si un autre homme tourne autour de celle qui t'es destiné, il a deux solutions. Soit il s'affirme et lui met la tête au carré, soit il renonce et finit seul.

Il sous-entendait qu'il était prêt à en découdre avec ce Teddy, et que s'il le fallait, il pouvait sortir les crocs et les muscles. Il ne souhaitait pas se coucher et repartir dans son coin. Elle enchaina alors, en lui proposant un marché. Sur la défensive, il répondit :

- Australien ou américain, peu importe... de toute façon, c'est pratiquement le même continent ! Je n'ai pas besoin de ces conseils de parvenu ! Ah mais j'oubliais, en Angleterre, vous préférez faire confiance à des personnes qui habitent à des kilomètres et qui ne connaissent pas les bombardements, plutôt que ceux qui sont dans votre voisinage...

Il exagérait, clairement, mais dans sa tête, il ne faisait pas la différence avec les USA et l'Australie. Les deux pays étaient lointains, à des lieues de ses préoccupations. Mais Victoria lui proposait un marché... son attention en l'échange de la maitrise de son tempérament fougueux. En Pologne, on avait une expression pour décrire cette situation : "tenir le loup par la gorge". Il regarda la main de Vicky pendant quelques secondes puis il finit par maugréer :

- Ouais... "ok" comme vous dites... mais il n'empêche que je maintiens ce que j'ai dit...

Il s'éclaircit la gorge et essaya de parler anglais, sans son accent :

- Zis guy iz a big jerrrrrk.

Il serra la main de Victoria et d'un mouvement, il vint déposer à nouveau un baiser sur sa bouche alors que la sonnerie retentissait. L'alerte était finie, il leur fallait désormais sortir et reprendre leur train-train... Elle allait être difficile à tenir, sa promesse, mais pour la belle jeune femme, il était prêt à tout, même à épargner Anderson... si avec ça, elle doutait de l'amour qu'il lui portait...

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