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 Garden-party ou champ de mines ?

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Isidore Hood
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MessageSujet: Garden-party ou champ de mines ? Mar 17 Jan - 1:12


En compétition, l’à-peu-près n’existe pas...

(clicque ici pour la soundtrack)


Si vous cherchez dans le dictionnaire des mondanités ce qu’est une garden-party, le livre très précis et très détaillé du Guide des Convenances de Mademoiselle Liselotte vous expliquerait à peu de chose près ceci : « est une réception relativement formelle, donnée en plein air dans un parc ou un jardin au cours de laquelle les invités se voient servir des boissons et de la nourriture sous formes de buffets. La garden-party est un rassemblement social qui peut avoir un certain prestige contrairement à un pique-nique ou à un barbecue, qui sont en général informels. (voir Fête Champêtre, page suivante) ».

En français on devrait appeler cela une « fête de jardin », c’est tout de suite bien moins classieux… Cette pensée tout à fait anodine fit sourire le jeune couturier à la mode, Isidore Hood, alors qu’un chauffeur le déposait devant une demeure près de Kew Garden qui offrait un spectacle splendide sous le soleil du début d’après-midi. Le tout Londres (ou du moins ce qu’il en restait) était déjà là depuis un moment pour attaquer les buffets (ça les changeait des boches, vous me direz…). Et c’était bien évidemment la très aimée Mrs Mathewsen qui s’était une nouvelle fois chargée d’organiser cette petite sauterie pour le gotha londonien…

Dimanche oblige, Isidore avait fait une longue et grasse matinée sans aucun scrupule, manquant le début des festivités, mais il s’en fichait bien. Il rajusta son col de chemise sans nœud papillon et défroissa quelque peu sa veste claire, son canotier vissé sur le crâne laissant s’échapper sur son front pâle ses boucles rebelles et sombres. Très satisfait (comme à son habitude) de sa tenue, il s’avança dans sur la pelouse taillée au cordeau en direction de la foule (pour la majorité vieillissante). Baise main pour les dames, poignée de main ferme pour les messieurs, il fit mécaniquement le tour de l’assemblée, plus ou moins cliente de la maison Hood&Jordens (ou alors en passe de le devenir si son sourire d’enfant faisait son effet). Toujours faire un clin d’œil aux fidèles clients mais ne jamais oublié de complimenter les tenues de goûts des autres…

« Madame Potter, cette robe tangerine vous va à merveille ! s’émerveilla le couturier devant la tenue de l’épouse d’un commandant de l’armée.

-Mais elle n’est pas de vous pourtant, remarqua la dame, amusée, en levant un menton insolent.

Isidore continua de sourire en haussant des épaules.

-Je ne suis pas mauvais joueur : je sais reconnaître du bon travail quand je le vois. Les cheveux blonds et cette couleur d’orange c’est toujours un partenariat très probant !

-Oh merci Mr Hood, mon mari ne l’as même pas remarqué !

-Nous pourrons en discuter autant que vous le voulez à ma boutique si vous le souhaitez : le 8 sur Portobello Road, juste à l’angle avec Westbourne Park Road
, précisa le jeune homme avec un air malicieux.

L’intéressée et les dames qui l’entouraient s’esclaffèrent :

-Haha ! Quel filou ! Nous connaissons votre adresse évidemment…

Même en weekend, Isidore ne pouvait s’empêcher de parler travail. Il alla se servir un verre de punch et s’aventura plus loin voir ce que les mondanités pouvaient encore lui révéler comme surprises… Plus loin dans les jardins, un petit attroupement c’était constitué et semblait particulièrement animé. Ça parlait fort, riait à gorge déployée en faisant de grands gestes théâtraux. Que pouvait-il donc bien se passer ? Sirotant paisiblement son punch, Isidore s’approcha avec sa curiosité de chat.

« Il nous faut absolument un autre joueur ! s’exclama un monsieur, scandalisé, le col dégrafé, dont le teint avait tourné au rouge pivoine. Pourquoi a-t-il fallu que Stevens tombe dans les vapes ?!

-Que voulez-vous que j’y fasse Hubert ?
s’emporta un autre. Ce n’est pas moi qui ait décider de miser tous les paris sur ce freluquet !

-Mais le groupe des dames va gagner si ça continue !
se désespéra un autre.

Un silence glacial vint clore la conversation de ces messieurs paniqués et endimanchés lorsque Mrs Mathewsen s’interposa entre eux, la mine sévère :

-Et bien quoi messieurs ? On a peur de perdre ? demanda-t-elle en retrouvant un sourire plus mutin et chaleureux.

L’un deux voulut s’expliquer, honteux mais la dame ne lui laissa pas le temps de répondre.

-Allons allons séchez donc vos larmes de crocodiles ! Le jeu va continuer comme prévu… Les dames ont choisi leur championne : quel sera le vôtre ?

-Mais nous n’en avons pas, Madame !


Les yeux perçants de l’hôtesse se posèrent sur Isidore.

-Bien sûr que si, voyons ! Il est juste là ! dit-elle en désignant le jeune homme comme on condamne un homme à la potence.

Il n’eut pas le temps de protester, on lui arrachait son verre, pliait sa veste (ce ne sont pas des sauvages tout de même), lui mettait une raquette entre les mains et le voilà qu’on le poussait sur le court de tennis !

-Mais enfin ! s’exclama Isidore à lui-même, scandalisé par la précipitations soudaine des événements.

Sous des encouragements teintés d’espoir et d’épuisements de l'auditoire masculin, Isidore se retourna pour aller à la rencontre de son adversaire qui rentrait à son tour sur le terrain sous des hourra d'amazones : Victoria Irvin ?! Diantre. Voilà longtemps qu’il n’avait pas été aussi près de la cousine de James. Rencontré une dizaine d’années auparavant, alors bien jeunes tous les deux, ils avaient vite compris qu’ils n’étaient pas vraiment sur la même longueur d’onde. Mais avaient-ils essayés seulement ? pensa le jeune homme en arrivant près de la rousse incendiaire qui avait bien grandit depuis cette époque du champ de course. Il se rappela qu’elle s’était outrée de son carnet de dessins pleins de caricatures du beau monde… Était-elle restée cette petite peste pincée ? Avant toute déduction hâtive, jauger l’adversaire :

-Miss Irvin, salua Isidore en soulevant son canotier. Si je m’attendais, il y a longtemps que nous nous sommes croisé si je me trompe. Dix ans ? Plus ? Comment va votre mère ? dit-il d’un ton badin. Je me souviens à quel point elle danse à merveille !

Il se rappela alors sa tenue peu sportive bien que souple et agréable.

-Oh, excusez ma tenue peu formelle pour le jeu de balle : je n’avais pas prévu de me retrouver au milieu d’une compétition des sexes. Mais je ferai de mon mieux pour ne décevoir personne, aouta-t-il avec un sourire contrit. Nous y allons ? J’ai cru comprendre que le beau parti gagnait cette guerre : je vous laisse donc le premier service, dit-il avec un sourire gentleman avant de prendre position sur le terrain.

Qu’allait donc donner cette partie ?...

▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬
Chemises d'organdi, chaussures de zébu
Cravate d'Italie et un méchant complet vermoulu...


Spoiler:
 


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Victoria Irvin
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MessageSujet: Re: Garden-party ou champ de mines ? Mer 1 Mar - 22:51

Victoria n’avait tout simplement pas le temps. Pas le temps de jouer les poupées, pas le temps de jouer les jeunes femmes parfaites, les fiancées modèles et les filles adorables. Non, elle ne voulait pas jouer au tennis, non, elle n’avait pas que cela à faire de ses jours de congés. Oui, elle allait rester dans l’armée aussi longtemps que cela lui serait permit. Non, elle n’avait pas non plus envie de répondre au mille et unes questions qu’on allait sans doute aucun lui poser à propos du futur mariage, pour lequel - grand Dieu! - il n’y avait toujours pas de date fixe. Pas plus qu’elle n’avait envie qu’on lui dise qu’à part répondre au téléphone, elle ne faisait pas grand chose de plus, c’était comme être une secrétaire, au téléphone, mais que, c’était bien, cela lui apprenait la réalité du travail de son futur mari, à une autre échelle, et qu’elle allait pouvoir être une épouse encore plus accomplie pour le futur parlementaire. Tous ces discours, elle les entendait à chaque fois, et si jadis, elle aurait juste souri poliment, en jeune fille bien élevée, maintenant, cela l’excédait. S’ils subventionnaient tous plusieurs oeuvres de charités, les invités de Lady Kate Irvin, Marquise de Conway, seconde épouse de son père et mère de son demi-frère Arthur, ces personnes bien pensantes et au compte en banque bien rempli n’avaient aucune idées de ce qu’elle et les autres jeunes femmes engagées sous les drapeaux pouvaient vivre au quotidien. Absolument aucune. Et il n’y avait rien de plus frustrant que de ne pouvoir le leur balancer en pleine figure, parce que secret défense oblige.

La marquise et Mrs Mathewsen, qui était partout, tout le temps, et s’entendait aussi bien avec la nouvelle marquise qu’avec la précédente - quoi que Victoria était presque certaine qu’elle et sa mère se moquaient de Katherine dans son dos, quand elle n’était pas là, évidemment - qui avaient tout organisé. Le baron de Conway ne serait pas des leurs, étant retourné au Pays de Galles quelques jours plus tôt en urgence - mais sans avoir voulu dire à sa fille ce qui le faisait s’échapper. On ne pouvait pas blâmer les mondanités, car sans en être friand, Lord Irvin était tout de même toujours ravi de se trouver au milieu de ses amis et des membres de son club de gentlemen. Cela inquiétait un peu plus Victoria. Son père ne lui disait pas tout, mais quand il s’agissait du domaine... Certes, Arthur devait en hériter, mais elle était l’aînée et y avait toujours été extrêmement attachée. Le départ précipité de son père avait rendu encore plus difficile le fait que Victoria puisse dire « non » à sa belle-mère. Dieu, que c’était agaçant! Kate avait d’ailleurs tout prévu, elle avait elle-même été chercher la tenue de tennis que Victoria n’avait pas enfilée depuis avant la guerre, mais qui lui allait toujours - ce n’était pas avec le régime de l’armée qu’elle risquait de prendre du poids, bien qu’elle mangeait mieux que la plupart des civils. La marquise l’avait même fait nettoyer et repasser. Après tout, ces dames avaient besoin d’une championne pour leur tournoi. Et qui mieux que Victoria, qui avait fait partie de l’équipe de son internat pendant la totalité de sa scolarité?  

C’était donc une Victoria fatiguée et passablement agacée qui se trouvait là, en tenue de sport, raquette sous le bras, cheveux retenus en une petite queue de cheval. Le temps était frais, l’après-midi ensoleillée... Quelle idée de les faire jouer en extérieur en plein mois de Janvier. Elle devait jouer contre Albert Stevens, lui aussi « fils de », mais ce jeune homme se payant le luxe d’être américain, ne se devait pas de porter l’uniforme. Il était à quelques mètres, entouré de ces messieurs qui glissaient parfois un regard un rien condescendant à Victoria. La jeune femme se retenait, elle saurait bien se défouler sur le court. Pourquoi tant d’assurance, pour elle qui en manquait tant ? Sans doute car son adversaire en était facilement à son cinquième verre, et que ses joues rougissaient à vue d’oeil. Elles seraient bientôt de la même couleur que la terre battue sur laquelle ils étaient censés s’affronter. Et il n’en fallut pas beaucoup plus que cette pensée pour voir Stephens tituber, et ne plus pouvoir tenir debout. Kate, qui se tenait à quelques pas de sa belle-fille, se précipita vers elle, amusée et un rien déçue à la fois, alors que ces messieurs s’inquiétaient et semblaient vouloir ranimer leur champion sans y parvenir. Victoria ne put retenir un petit sourire narquois. Tel est prit qui croyait prendre... La victoire avait été facile, elle se voyait déjà s’éclipser pour aller rejoindre un certain pilote... Un regard à sa bague de fiançailles qu’elle portait pour l’occasion la fit se sentir coupable un instant. Fugace instant.

-Eh bien, chérie, il semble que vous ayez la victoire facile. J’aurais tellement aimé un peu plus de challenge...

-Cela me va très bien, je dois vous avouer que je ne suis pas dans ma meilleure forme.

-Sotise!
intervint Mrs Mathewse, vous êtes éclatante comme toujours, Victoria. Et je suis d’accord avec la Marquise, votre victoire par forfait est un rien ridicule. Restez donc là.

Et avant que quiconque ait pu l’empêcher, la reine de la vie mondaine avait traversé la foule, au grand désarrois de la petite rousse qui n’avait qu’une envie, prendre la poudre d’escampette. Il ne fallut pas trois minutes à Mrs Mathewsen pour faire un signe de tête positif à la Marquise de Conway qui prit Victoria par le bras et l’emmena à l’entrée du court. Et Victoria entra, raquette à la main, sous les hourras des dames. Elle se demanda qui d’autre on avait pu lui dégotter. Elle allait essayer de régler ça en deux sets, trois maximum. C’est seulement en arrivant pour serrer la main de son adversaire dans cet espèce de bataille des sexes, qu’elle le reconnut. Cet espèce de couturier, un ami de son cousin James, qui avait été au summum du désagréable quand ils s’étaient rencontrés pour la première fois, à peu près dix ans plus tôt, et qu’elle ne supportait toujours pas, bien que tout Londres, sa mère et sa belle-mère comprises, aillent s’habiller chez lui.

-Miss Irvin. Si je m’attendais, il y a longtemps que nous nous sommes croisé si je me trompe. Dix ans ? Plus ? Comment va votre mère ? Je me souviens à quel point elle danse à merveille !

Victoria répondit à son salut par un vague hochement de tête. Si certains l’appelaient « caporal », ici, elle était « lady » Irvin.

-Ce sera « Lady Irvin » pour vous, monsieur Hood. Dix ans effectivement, et Maman se porte comme un charme, mais vous la voyez certainement plus souvent que moi.

-Oh, excusez ma tenue peu formelle pour le jeu de balle : je n’avais pas prévu de me retrouver au milieu d’une compétition des sexes. Mais je ferai de mon mieux pour ne décevoir personne. Nous y allons ? J’ai cru comprendre que le beau parti gagnait cette guerre : je vous laisse donc le premier service.

-Vous me faites trop d’honneur. Cette tenue ou une autre, cela ne changera pas grand chose, ne vous en faites pas.


Victoria eut tout de même un sourire gracieux après cette phrase. Trop confiante, la jeune dame? Certainement. Elle saisit pourtant une des petites balles jaunes et alla se placer sur la dernière démarcation. Le silence se fit, il était roi dans les courts, et Victoria envoya sa première balle. Elle avait très peu joué depuis la fin de l’école, privilégiant largement l’aviation, mais son corps se rappelait globalement de ce qu’il fallait faire, et l’armée avait l’avantage de la maintenir dans une certaine condition physique. Qu’en était-il de celle de Hood? Allait-il réussir à attraper cette balle?

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'Careless talk costs more than life'
"Was it a marriage made in heaven ? Was it a gift from god above ? Do you belive the things you told me or was it simply careless love ? You told me once when we were dreaming through life together we would walk. Those words of love seemed said in star light but now it seems like careless talk."


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