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 First Wings - 1938 - Archy

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MessageSujet: First Wings - 1938 - Archy   Dim 8 Juil - 14:01




Dire que Victoria était nerveuse aurait été un euphémisme. La jeune femme n'était même plus sûre de ce qu'elle voulait. C'était son premier acte de rébellion depuis.... Depuis toujours en fait. Son père ne souhaitait absolument pas la voir prendre le manche à balai d'un avion. Lord Irvin avant manqué de faire une crise cardiaque quand son aînée lui avait annoncé son idée. Elle ne demandait pas vraiment sa permission - première fois en 22 ans - mais le tenait juste informé. Quand à sa mère... Eh bien elle avait bonnement et simplement menacé de ne plus lui parler. Lady Wallace, pourtant une femme progressiste, faisait un espèce de revirement de pensée dès qu'il s'agissait de ses filles. Quand elle avait vu son père décrocher le téléphone du salon du château de Conway, demeure famillale depuis des siècles, et appeler la maison de son ex épouse à Londres, elle avait prit mesure des barrières qui allaient s'opposer à elle. Ses parents ne se parlaient jamais, du moins quand ils pouvaient l'éviter. C'était visiblement une urgence. Leur fille adorée, récemment fiancée à un jeune homme qu'ils appréciaient pour le connaître depuis toujours - un des rares points où ils étaient d'accord, soit-dit en passant - bien élevée, toujours adorable et ne causant aucun souci voulait... Eh bien elle voulait apprendre à piloter un avion. Comment? Pourquoi? Victoria se rappelait encore de l'éclat de son père, devant sa seconde épouse et son demi frère, à table, alors qu'ils déjeunaient tous ensemble. Quelle idée, de l'envoyer passer ses étés en Italie avec Mrs Mathewsen? C'était évidemment elle qui était à blâmer.

Mais Victoria avait tenu bon, pour la première fois de sa vie. Elle allait le faire, elle allait y arriver. Elle allait piloter. Quoi que sur le tarmac, dans un pantalon jodhpur beige, des bottes en cuir marron et une veste d'aviateur doublée de peau de mouton dont dépassait un col montant du même beige immaculé que son pantalon, ses gants à la main, elle n'était plus autant sûre d'elle-même. La théorie n'avait pas été un problème, elle n'avait jamais autant travaillé depuis qu'elle avait quitté l'internat, le sujet l'avait passionnée, l'aéronautique, l'importance de l'assiette, le fait de faire remonter le nez de l'avion à l'atterrissage... Les tests sur les faux cockpits avaient été une formalité. Mais face à l'action, la jeune femme était beaucoup moins confiante. Elle attendait, assise sur un banc fait de troncs d'arbres, l'arrivée de son instructeur, trompant son angoisse en détaillant sa cagoule de pilote en cuir et ses lunettes de protection. Elle pouvait encore tout arrêter maintenant, ça aurait été la facilité, la sécurité. Une petite voix en elle, celle de la jeune fille qui se pliait toujours aux quatre volontés de tout le monde, le lui disait, susurrant des paroles rassurantes. Mais refuser maintenant, revenir en arrière, ça aurait été donner raison à tout le monde, à tous ceux qui ne voulaient qu'une chose, la voir échouer. Elle était capable, elle pouvait le faire.

Retrouvant un semblant de détermination, elle releva les yeux vers le tarmac d'où des jeunes filles de son âge, et de sa condition sociale - l'aviation était après tout un sport de personnes aisées - allaient et venaient, certaines en tenues de pilotes, d'autres en tenues de ville. Victoria fit de son mieux pour ne pas se faire remarquer. Tout le monde n'avait pas besoin de savoir ce qu'elle faisait ici ce jour. Levant les yeux, elle admira les pirouettes des jeunes gens qui semblaient bien plus à l'aise avec leurs appareils qu'elle ne l'était elle-même sur ses deux pieds à cet instant. Elle était impatiente, maintenant qu'elle avait décidé de rester. Qu'on en finisse une bonne fois pour toute, qu'elle montre se dont elle était capable, ou se plante royalement, mais il n'y avait que comme ça qu'elle serait fixée.

Il faisait frais ce matin là, ou était-se sa nervosité qui la faisait frissonner? Elle n'était même plus sûre. Enfin un jeune homme blond en tenue de pilote se dirigea vers la jeune rousse. Il avait l'air confiant, sûr de lui. Victoria se leva et tenta un sourire alors qu'elle lui tendait la main pour le saluer.

-Victoria Irvin. Votre élève du jour, Monsieur...?

En attendant sa réponse elle jeta un coup d'oeil aux appareils derrière lui, n'ayant pas fait attention duquel il venait. Lequel allait être son premier vol...?

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MessageSujet: Re: First Wings - 1938 - Archy   Lun 9 Juil - 21:16

En descendant du bus qui le menait au terrain d’aviation de Croydon, Archy se dit que c’était une belle journée, qui semblait parfaite pour un petit vol. Facteur du ciel la semaine, le Rhodésien arrondissait ses fins de mois en donnant de temps à autre ses samedis pour des séances d’instruction au pilotage. Lui ne s’occupait guère du théorique, mais bel et bien de la partie pratique de la formation. A l’époque, l’aviation ou le pilotage était l’apanage des gens aisés, ou des rares personnes, qui comme lui, ont eu la chance d’avoir un proche ou de croiser une personne compatissante à cette véritable passion. Le blondinet poussa la porte du hangar, avant de se diriger vers la cafetière la plus proche pour se servir une tasse du précieux nectar. Hart se dirigea ensuite vers le tableau des vols. « Bonjour, M’sieur Flowers ! Comment allez-vous aujourd’hui ? » Sean Flowers était un ancien du Royal Flying Corps qui avait monté sa propre école de pilotage à une époque où le vol à moteur était quasiment réservé aux militaires. Il était vite devenu une référence incontournable de l’élite londonienne mais une blessure à la jambe mal guérie l’empêchait de monter régulièrement donner des leçons. En lisant le planning de la journée, Archy avala de travers sa gorgée de café en lisant le nom de son premier élève. Enfin, sa première élève. « Vous êtes sûr qu’il n’y a pas une erreur ? Il y a marqué « Lady Victoria Irvin » là. » pointa-t-il du doigt avec une voix mal assurée.
« Ben quoi, ça t’pose un problème mon p’tit ? »
« Oh non, mais c’est que c’est la première fois avec une femme et j’sais pas trop y faire quoi … » avoua-t-il maladroitement.
« Comme avec les hommes, mais en plus délicat. Ne t’inquiètes pas, va, ça va bien se passer. Je lui ai donné moi-même sa formation théorique et je peux te dire que la petite dame surpasse bien des hommes ! »

Le Rhodésien restait toutefois circonspect. Il avait comme tout le monde entendu parler de femmes pilotes telles qu’Amelia Earhart, mais n’en avait jamais croisé ou croyait que cela restait une fantaisie ou un caprice à assouvir. Archy prépara son vol et potassa la météo, mais avec la tête un peu prise à l’idée de donner un cours avec une femme, d’autant plus qu’elle était issue de la haute société. Lui, le roturier venu des plateaux de l’Afrique centrale. Il avala rapidement une dernière tasse de café doublée d’une cigarette pour essayer d’évacuer son stress avant d’empocher ses affaires de vol et de se diriger vers l’extérieur. Blouson de cuir sur l’épaule, il portait à bout de bras une paire de cartes routières, son casque et son foulard de soie fétiche. Il essayait tant bien que mal de feindre la confiance mais était presque terrorisé à l’idée de saluer la dame. Devait-il faire un baise main et l’appeler « Milady » ? La réponse lui vint naturellement lorsque Victoria lui tendit la main. « Hart, M’lady, Archy  Hart. » répondit-il de son accent fort prononcé en lui serrant la main. Il posa son barda à terre avant de se concentrer sur la jeune femme. « Je serai votre instructeur aujourd’hui. Sean m’a dit que votre théorique était excellent, félicitations. Mais aujourd’hui, c’est une toute autre paire de manches. Je vous demanderai d’être bien attentive aux différentes consignes que je pourrais vous donner. » déclama-t-il le plus sérieusement possible. Il ne cherchait pas à mettre la pression à la jeune femme, mais il avait eu fort à faire avec certains chiens fous qui avaient mis sa vie en danger par le passé.

Archy pointa du doigt un biplan jaune derrière elle. « Je vous présente votre monture, un de Havilland Tiger Moth. Rustique, fiable et qui pardonne les erreurs de pilotage. Un avion idéal pour apprendre à piloter. » essaya-t-il de la rassurer avec un petit sourire. Hart adorait cet avion. A vrai dire, il le connaissait sur le bout des doigts puisque c’était sur le même type d’appareil qu’il avait appris à piloter en Afrique, et que c’était sur le même avion qu’il travaillait aujourd’hui pour la Royal Mail. Deux mécaniciens terminaient de préparer l’appareil pour le vol et le Rhodésien se saisit de ses affaires pour se diriger vers l’appareil, faisant signe à la jeune femme de le suivre. Archy posa une des cartes sur l’aile de l’appareil sur laquelle une route était délicatement tracée au crayon rouge : « Au programme de la journée, visite pré-vol sur l’appareil, puis vol à vue en direction de Douvres puis retour vers Londres. Je m’occuperai des manœuvres au sol et je vous laisserai les commandes une fois en l’air si vous vous sentez suffisamment à l’aise. » sourit-il. « Et si vous vous sentez vraiment à l’aise, pourquoi ne pas envisager une petite initiation à la voltige ?! » sourit-il de plus belle en sortant une cigarette qu’il s’empressa d’allumer sans même demander à la jeune femme si cela la dérangeait. Des questions ? » Quel impoli ….[/i]

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MessageSujet: Re: First Wings - 1938 - Archy   Sam 14 Juil - 21:22

Il ne fallait pas perdre de vue que la Victoria qui approchait timidement le tarmac de l'école de pilotage n'avait rien à voir avec la Victoria qu'elle serait quelques mois plus tard et au moment de l'action principale de notre histoire. La jeune femme était encore assez fière de son rang et de sa différence sociale, mais surtout naïve et dans sa bulle, non pas indifférente mais plutôt non-informée de la vie de tous les jours, des difficultés des gens normaux et des angoisses qu'ils expérimentaient. Arriver sur le terrain avec la belle voiture de son père ou celle du second mari de sa mère - qu'elle ne conduisait pas, bien évidemment, les seuls véhicules qu'elle conduisait étaient sur le domaine familial pour se rendre d'un point A à un point B - dans une tenue flambant neuve ne la choquait absolument pas. Et elle était complètement dans son élément, la plupart des membres du club d'aviation étant de son milieu social, chacun et chacune portait des vêtements impeccables, remplacés régulièrement. Une situation complètement différente les attendait dans quelques mois. C'est fou comme le temps passait vite et les choses qu'on pensait immuables changeaient du jour au lendemain sans prévenir.

Toute à son stress, Victoria tentait de ne pas penser à toutes les histoires qu'elle avait pu lire dans la presse ou dans les manuels, à propos de tout ce qui pouvait mal se passer. L'être humain était ainsi, il ne retenait que le mauvais, rarement le bon, et se préparait toujours au pire. La jeune femme n'y faisait pas vraiment exception, au contraire. Un peu trop prudente... Mais maintenant qu'elle était là elle n'allait pas reculer, et face à cette angoisse se tenait une excitation, celle de faire quelque chose pour elle-même pour une fois, de prendre les commandes, au sens propre comme au figuré, et de voler de ses propres ailes. Aussi fut-elle rassurée de voir son instructeur arriver. Il avait l'air sympathique, avec ses cheveux blonds en pagaille et son grand sourire. Elle eut immédiatement un bon sentiment à son égard. Il avait la tête de celui qui sait ce qu'il fait sans trop forcer pour le faire, et pas du tout agacé d'être là et d'apprendre à - sans doute - encore une petite fille riche faisant un caprice à piloter un avion.

Victoria se montra la plus aimable possible, lui tendant la main et se présentant tout de suite.

-Hart, M’lady, Archy Hart.

-Enchanté, Monsieur Hart. Ou Capitaine...? Je ne sais pas... Je vous prie de m'excuser si j'ai dis ce qu'il ne fallait pas.

Le malaise de la jeune femme teinta ses joues de rouge. Elle avait peut être dit une bêtise. L'étiquette de l'aviation était bien différente de celle de la haute société britannique. Un monde bien à part. Cela ne sembla pourtant pas trop le perturber.

-Je serai votre instructeur aujourd’hui. Sean m’a dit que votre théorique était excellent, félicitations. Mais aujourd’hui, c’est une toute autre paire de manches. Je vous demanderai d’être bien attentive aux différentes consignes que je pourrais vous donner.

Victoria hocha la tête avec un air sérieux. Elle s'était donné à fond pour la théorie et était ravie de savoir qu'elle avait fait bonne impression, mais elle se doutait bien que cela n'avait rien à voir avec ce qu'elle allait faire aujourd'hui.

Puis il désigna l'appareil derrière lui:

-Je vous présente votre monture, un de Havilland Tiger Moth. Rustique, fiable et qui pardonne les erreurs de pilotage. Un avion idéal pour apprendre à piloter.

Victoria se haussa sur la pointe des pieds pour voir l'appareil et immédiatement ses yeux se mirent à briller. C'était comme dans ses rêves les plus fous. Les de Havillands étaient mythiques. Elle récita intérieurement sa leçon de théorie: conçu au début de la décennie par la firme de Havilland, fondée en 1920 par Geoffroy de Havilland, l'appareil était utilisé comme appareil d'apprentissage par les pilotes de la RAF. Elle allait voler dans un avion utilisé par la RAF... Elle n'arrivait pas à y croire. On voyait bien que celui-ci avait quelques milliers d'heures au compteur mais elle passait complètement outre ce détail. Le stress laissa un instant la place à l'excitation la plus totale.

Il se dirigea vers l'appareil et fit signe à Victoria de le suivre. Elle trottina derrière lui, buvant ses paroles.

-Au programme de la journée, visite pré-vol sur l’appareil, puis vol à vue en direction de Douvres puis retour vers Londres. Je m’occuperai des manœuvres au sol et je vous laisserai les commandes une fois en l’air si vous vous sentez suffisamment à l’aise.

Retour de l'angoisse. Victoria déglutît.

-Et si vous vous sentez vraiment à l’aise, pourquoi ne pas envisager une petite initiation à la voltige ?!

Elle devint carrément blême.

-Des questions ?

La jeune femme dut inspirer un grand coup avant de répondre d'une voix mal assurée:

-Je... non, je ne crois pas... pas pour le moment...

Elle le regarda allumer sa cigarette et admira son aplomb. Elle aurait tellement aimer en avoir autant. Courage Victoria, dans une petite centaine d'heures de vols, ça irait mieux. Si elle arrivant jusque là. Peut être valait-il mieux tabler sur un petit millier...?

Elle suivit Archy dans l'inspection de l'appareil, il ne lui disait que des choses qu'elle savait déjà, à propos de l'ergonomie de l'appareil, de son assiette, des commandes, mais rien ne valait un véritable avion plutôt que la théorie de la salle de classe. Enfin, il lui fit signe de monter dans l'appareil, chose à laquelle elle s'exécuta. Elle enfila sa cagoule de cuir et ses gants avant de rabaisser ses lunettes. Elle savait qu'il allait faire froid là haut, et de nouveau, elle eut une petite nausée. Bien sûr, elle avait déjà volé, dans des appareils complètement fermés, sagement assise dans son siège de passagère. Jamais dans un bi-plan, ouvert, dont elle allait prendre les commandes. Quand le mécanicien enclencha l'hélice, elle eut envie de cirer qu'elle voulait descendre, mais sa ceinture était solidement bouclée, plus d'échappatoire. Seigneur...

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MessageSujet: Re: First Wings - 1938 - Archy   Jeu 2 Aoû - 8:55

 «  Archy suffira, Milady. » l'avait-il rassurée dès leur présentations. Victoria était sa première élève femme et il se contentait de reproduire le même mode opératoire qu'avec ses confrères. Hart se croyait définitivement trop jeune pour être appelé « Monsieur » et la plupart des membres de la haute société avaient tendance à l'appeler par son prénom ou à le tutoyer, alors à quoi bon espérer prétendre être ce qu'il n'était pas ? En tout cas, cette petite tête rouquine lui faisait une bonne première impression. Son anxiété et ses inquiétudes lui rappelaient son propre baptême de l'air : lui aussi avait mis un point d'honneur à maîtriser et connaître sur le bout des doigts le théorique avant de passer à la pratique. Le mutisme de la jeune femme était toutefois plus étonnant. Maintenant, en tant qu'instructeur, il devait briser la glace pour que son élève donne le meilleur d'elle-même et puisse se découvrir en tant que pilote.

Ils effectuèrent la minutieuse visite pré-vol de l'appareil ensemble, Victoria suivant le Rhodésien comme son ombre. Archy expliquait tout ce qu'il faisait, ou voyait à son élève, de l'inspection des parties mobiles comme les ailerons ou un dernier rappel sur les instruments du tableau de bord et leur signification. Rien de très compliqué sur ce type d'appareil puisqu'ils étaient au nombre de sept : altimètre, variomètre, compas, anémomètre, la bille-aiguille (indicateur de virage) et enfin les instruments liés au moteur du coucou. Le pilote lui rappela qu'elle ne devrait pas hésiter à hausser la voix une fois en l'air, afin de pouvoir communiquer en couvrant le bruit du moteur et du vent relatif. Il n'y avait aucun énervement dans sa voix à rappeler ces actions quotidiennes et répétées des milliers de fois, mais plus un ton enjoué, signe qu'il prenait à cœur son métier en essayant de mettre à l'aise Lady Irvin. Un dernier coup d'oeil vers le ciel -parsemé de rares nuages- et un grand sourire doublé d'un signe de main invita Victoria à prendre place dans l'appareil. Hart la suivit et referma la petite trappe d'accès une fois son élève installée. Le Rhodésien commençait lui-même à s'équiper, enfilant son blouson et passant son casque de cuir.  «  Je vous demanderai de suivre mes gestes en gardant votre main sur le manche, mais ne forcez pas sur ce dernier tant que j'aurai les commandes. Mais surtout, ne touchez pas au palonnier tant que je ne vous ai pas laissé la main. » Il resserra une sangle un peu lâche et essaya de capter le regard d'Irvin.  « Ne vous en faites pas, vous allez adorer. » confessa-t-il en faisant un clin d'oeil et une tape sur son épaule.

Archy regretta presqu'immédiatement son geste spontané et peut-être trop entreprenant ou intrusif vis-à-vis d'une femme, qui plus est de la haute société. Il était habitué à ne travailler qu'avec des hommes et s'attela au démarrage du coucou pour se changer les idées une fois qu'il eut pris place à l'arrière. Le rhodésien ajusta l'altimètre, vérifia la libre manœuvrabilité de ses commandes et démarra les deux magnétos sur le flanc gauche de l'appareil et régla son mélange et sa manette des gaz avant de hurler un « Contact ! » au mécanicien désigné au lancement à la main de l'hélice. Le moteur se lanca docilement dans un bruit de tonnerra et le pilote resta immobile quelques courtes minutes le temps que le moteur atteigne le nombre de 600 tours par minute. Le blondinet pencha sa tête de l'habitacle à droite, puis à gauche, vérifiant que personne ne se trouvait devant le biplan et fit signe au mécanicien d'enlever les cales qui retenaient le petit Tiger Moth. A l'époque, Croydon n'était qu'un vaste pré, et il n'y avait pas de piste définie. Archy poussa doucement la manette des gaz vers l'avant et le biplan s'ébranla doucement. Hart avança quelques mètres en crabe de manière prudente, s'assurant encore une fois que l'espace était dégagé avant de pousser plus franchement les gaz pour lancer l'appareil. Le Tiger Moth avala les quelques dizaines de mètres de gazon rapidement et avec envie, comme si le petit biplan jaune ne désirait qu'être en l'air, à l'image d'un cheval au galop.

Bien vite, le tressautement lié aux aspérités du terrain d'aviation firent place à un calme tout relatif gêné par le bruit du vent et du moteur, comme s'ils glissaient sur la surface de l'eau. Archy avait doucement tiré le manche vers l'arrière, arrachant souplement l'appareil de la terre ferme. Ils étaient enfin en l'air. En prenant de l'altitude, le rhodésien ne pouvait qu'imaginer la joie de son élève d'accomplir enfin son rêve, ce qui lui arrachait un petit sourire de satisfaction. Lui-même était toujours ravi de prendre les airs et ne comprenait que trop bien les sentiments qui pouvaient habiter Lady Irvin. Devant cette journée ensoleillée, Hart ajusta les verres fumés devant ses yeux, et prit doucement de l'altitude en se dirigeant vers l'est en suivant la Tamise. Ils atteignirent 500 pieds (1,500 mètres), ce qui était amplement suffisant pour ce type de vol et le pilote stabilisa l'appareil avant de se pencher vers l'avant et d'envelopper sa bouche de sa main disponible afin de couvrir le bruit du moteur :  « A vous de jouer maintenant, il est à vous !! » avait-il simplement dit pour signaler à la jeune femme qu'il était temps qu'elle prenne les commandes. Il l'accompagna furtivement le temps qu'elle s'approprie l'ensemble des paramètres puis retira ses pieds du palonnier. Ses deux mains désormais disponibles, il se pencha en avant pour lui taper sur les deux épaules et essayer de lui montrer ses mains, signe qu'elle était désormais pilote, et responsable du maniement de l'appareil. Archy, lui, se réinstalla confortablement sur son siège et surveillait chaque fait et geste de Victoria, paré à reprendre les commandes si nécessaire. Elle s'appropriait doucement le Tiger Moth et avait le choix quant à la navigation : soit suivre la Tamise jusqu'à la mer et descendre vers le sud jusqu'à Douvres, soit une route directe menant à la ville côtière en s'aidant de la carte qu'elle avait.

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MessageSujet: Re: First Wings - 1938 - Archy   Ven 10 Aoû - 12:21

Hart mettait Victoria à l'aise. Elle se sentait un peu plus en confiance de le voir si à l'aise autour de l'appareil, et il y avait quelque chose d'excitant à voir en vrai tout ce qu'elle savait en théorie. Elle n'avait jamais vraiment prêté attention à tous ces détails aux différents shows aériens auxquels elle avait été conviée. C'était la grande mode dans ces années pré-guerre, ces shows étaient ce qu'il y avait de plus à la pointe de la technologie et faisaient rêver. Victoria adorait regarder les pirouettes mais elle n'était pas certaine d'être prête à les effectuer. Déjà piloter elle-même lui paraissait une nouvelle étape tellement lointaine... Elle comprenait pourquoi c'était Hart qui avait été choisi pour être son instructeur. Jeune, drôle, pédagogue... Il avait l'air de quelqu'un de confiance - et on ne mettait pas la fille du marquis de Conway entre les mains de n'importe qui, elle avait pourtant à l'époque encore peu conscience du monde de privilège duquel elle était issue. Avant la guerre, la mixité sociale n'était encore qu'une théorie, la Grande Guerre n'ayant eut qu'une mixité nationale, les "riches et nobles" étant officiers d'un côté, et les "pauvres et le peuple" restant du côté des soldats, au maximum des sous officiers. Les seuls personnes hors de sa condition que Victoria côtoyaient étaient les différents employés de ses parents, un tout autre univers, rien pour heurter la jeune lady ou ses frères et soeurs.

-Archy suffira, Milady.

Victoria s'était contentée de hocher la tête, avant de le suivre. La Victoria de 1941 aurait immédiatement répondu qu'il suffisait de l'appeler "Vicky" mais celle de 1938 était encore à des siècles de ce genre de réalisation. Au lieu de cela, elle buvait ses paroles: ne pas hésiter à crier pour couvrir le bruit du moteur (inutile de dire qu'une lady ne haussait jamais la voix, sa mère allait être ravie), les outils qu'elle connaissait déjà par coeur en théorie, l'importance de toujours garder un oeil dessus tout en regardant devant elle et profitant de l'instant... Elle ne savait pas vraiment si elle allait réussir à cocher toutes les cases dès la première fois.

-Je vous demanderai de suivre mes gestes en gardant votre main sur le manche, mais ne forcez pas sur ce dernier tant que j'aurai les commandes. Mais surtout, ne touchez pas au palonnier tant que je ne vous ai pas laissé la main.

Elle hocha nerveusement la tête. Allait-elle vomir?

-Ne vous en faites pas, vous allez adorer.

Elle espérait tellement qu'il avait raison... Tellement nerveuse, à peine sentit-elle la main du pilote sur son épaule. Geste qu'elle aurait sans doute relevé à un autre moment, mais qui lui paraissait si futil en cet instant.

Hart - ou plutôt Archy - semblait avoir fait le tour des instructions de base, il alla s'équiper tout en faisant signe à Victoria de monter dans l'appareil. Tremblante de nervosité, la jeune femme s'exécuta. Une fois installée et sanglée dans le De Havilland, elle finit d'attacher la cagoule de cuir et plaça ses lunettes, enfilant ses gants. Elle savait qu'il allait faire froid dans le ciel, mais encore une fois, tout ceci n'était que de la théorie. Elle sentit plus qu'elle ne vit Archy se placer derrière elle et enclencher le moteur. Dire ce qu'elle ressentait alors que le bi-plan se déplaçait sur la piste de décollage et prenait de la vitesse était indescriptible. Bien sûr elle avait déjà été à bord d'avions, mais jamais de ce type et encore moins prête à prendre les commandes. Un bref instant, elle voulut crier qu'elle voulait descendre, tout de suite, mais il était trop tard, le Tiger Moth décollait.

La carte sur ses genoux faisait un bruit de papier froissé et elle avait peur qu'elle ne s'envole à n'importe quel moment. Elle réussit tant bien que mal à la coincer partiellement sous sa ceinture. Comme indiqué par son professeur, elle suivait ses mouvements, l'imitant sans forcer sur le manche, bien plus concentrée sur lui que sur son chemin. Il aurait pu l'emmener jusqu'à New York qu'elle n'aurait rien vu du tout. Absorber par son mimétisme, il lui fallut une petite seconde pour comprendre ce qu'il venait de lui dire:

-A vous de jouer maintenant, il est à vous !!

Il dut croire qu'elle ne l'avait pas entendu car il lui tapa sur l'épaule en lui faisant signe de prendre les commandes. Victoria déglutit, la gorge serrée, la bouche sèche, et plaça ses mains sur le manche. Elle ferma les yeux un instant, inspirant un grand coup, avant de prendre véritablement l'appareil en main. Elle dut se rappeler de ses premiers moments de conduite du vieux camion sur la propriété familiale et le fait qu'elle avait été tout aussi nerveuse, que maintenant elle aurait pu conduire presque n'importe quelle automobile, pour se calmer. Reprenant un peu confiance en elle, la main de Victoria se fit plus ferme sur le manche, elle osa regarder devant elle, par dessus la carlingue pour se repérer dans les quelques rares nuages qui les entouraient, gardant cependant toujours un oeil sur les instruments. Elle allait y arriver. Elle repéra la Tamise sans trop de problème et préféra la jouer tranquille pour une première leçon, suivant son court.

Elle se retourna vers Archy, un immense sourire aux lèvres.

-C'est génial! cria-t-elle par dessus le bruit du moteur et du vent.

Il avait raison, elle adorait ça. Au fond d'elle-même elle savait qu'elle était faite pour ça. Elle n'était pas du tout la même au club d'aviation que chez ses parents. Les conditions de vol étaient idéales, rien ne pouvait mal se passer. Du moins l'espérait-elle. Il était difficile de discuter avec ce bruit ambiant. Tout lui semblait si minuscule, si lointain... C'était incroyable. Assez rapidement, la mer fut en vue. Douvres et ses falaises étaient magnifiques. On voyait presque les côtes de France depuis la haut avec ce temps dégagé. Tout semblait si simple, si merveilleux...

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