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 Un écrivain sachant écrire ...

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MessageSujet: Un écrivain sachant écrire ...    Mer 3 Oct - 18:53

JAMES & MARGARET

Flegme britannique, dites-vous ? Vous n’avez pas vu James assis à cette table du salon de thé, à jouer avec la cuillère à thé devant lui, la respiration courte et la main tremblante. D’habitude, le journaliste arborait toujours un air détaché, toujours l’air de ne s’attacher à rien, un petit sourire sur le coin de la bouche et l’œil malicieux. Avec ses taches de rousseur et sa crinière flamboyante, il avait tout du londonien de base, avec l’option mondanité. Et il tenait à cultiver cette personnalité avec panache. Rien à voir avec l’image qu’il renvoyait aujourd’hui, à guetter l’entrée du salon avec impatience, et avec une certaine peur aussi.

Pour comprendre, il faut revenir quelques jours en arrière. Comme souvent, l’inspiration lui venait le soir, à une heure incongrue. Il sautait à son bureau pour griffonner des pages et des pages sans s’arrêter, pris d’une fièvre romancière où il pouvait passer la nuit jusqu’à épuisement, de l’inspiration ou de son corps, au choix. Il passait les jours suivants à reprendre ses notes, les travailler encore et encore, affiner le style, les dialogues, les personnages, prévoir une intrigue à long terme, des rebondissements, tout un paquet d’évènements, avant de taper à la machine ce qu’il venait d’écrire, en général deux à trois chapitres dont il se sentait fier, ravi d’avoir trouvé enfin ce nouveau roman tant attendu. A partir de là, il voulait le montrer à tout le monde, se voir encouragé dans ce nouveau chef-d’œuvre, de revenir sur le devant de la scène en tant qu’auteur, et non plus journaliste ou mondain, et d’obtenir une nouvelle reconnaissance. Alors quand son auteure préférée, Margaret Bradford, demanda à le voir pour parler écriture, il sauta sur l’évènement pour lui parler de son nouveau roman, et l’impatience le gagnait.

Sauf qu’après cette vague inspiratrice revenait le creux de la vague. Trois chapitres superbes, un quatrième un peu long, il avait envoyé cela chez Margaret pour qu’elle lui en parle lors de leur rendez-vous. Sauf qu’il peinait déjà à finir le cinquième chapitre et regrettait déjà bon nombre de parties, de personnages et de styles. Il voyait toutes les erreurs de débutant, le mauvais style et savait qu’il ne le terminerait pas. Comme tant d’autre. Dans un coin de son bureau se trouvait un carton rempli de début de romans jamais terminés, motivés par cette flèche inspiratrice sans jamais tenir sur le long terme. La plupart d’entre eux ne seraient jamais lus par personne, sauf peut-être par Isidore, aimant se moquer de l’inconstance de son amant. James n’arrivait pas à pondre un roman. Il avait tout un recueil de nouvelles de quelques pages, sans lien les unes avec les autres, où l’écriture devenait plus automatique qu’autre chose, mais une longue histoire, un roman sur plusieurs centaines de pages relevait de l’impossible depuis trois ans. Il bénissait presque la guerre de repousser l’échéance à sa maison d’édition, même si cette dernière venait aux nouvelles de temps à autre. Il avait d’abord essayer de rester dans le même registre, mais cela ne marchait pas. Son inspiration l’emmenait vers des contrées lointaines, des époques passées, des personnages historiques, des aventures hors du temps, des histoires d’amour, de mort, de famille … Rien n’arrivait à le maintenir plus d’une cinquantaine de pages. Ah si, son début d’histoire sur la révolution anglaise de 1688 avait tenu 150 pages avant de s’effondrer à nouveau. Là, il avait eu l’idée d’un huis clos familial avec quelques secrets et des retrouvailles pas toujours heureuses, mais cela ne marchait plus. Et il s’en voulait d’avoir envoyé cela à Margaret Bradford.

L’attitude de James se comprenait davantage, il ne voulait pas décevoir celle qu’il admirait, ni lui faire perdre son temps.

Lorsqu’elle arriva devant l’intendante, James se reprit. Dos droit, sourire poli, la cuillère reposée et un air faussement décontracté prit le dessus sur son angoisse. Il avait tellement l’habitude de jouer les faux semblants (merci sa famille pour toutes ces années de harcèlement concernant sa vie amoureuse) que cela devenait presque normal. Il se mit debout pour saluer Margaret, avec cet air que tout le monde lui connaissait si bien, avec une couche d’admiration par-dessus.

« Je suis ravi de vous voir. Discuter avec vous m’avait manqué. »

Tous deux s’assirent tandis que le thé arrivait, il l’avait commandé à son arrivée, mais ne voulait pas paraître impoli en commençant seul. Avec la guerre, les saveurs de thé venait à manquer, mais rien ne valait un bon earl grey, une valeur sûre, avec son lait et sucre mis à disposition pour que chacun puisse faire sa tambouille. Un luxe en ces temps troublés dont il fallait profiter. Quelques bavardages d’usage firent office de début de conversation, mais James avait besoin  de faire éclater l’abcès.

« A dire vrai, je me sens honteux de vous présenter un énième manuscrit, celui-ci m’avait tellement inspiré lors de sa rédaction. Je sens que je me suis peut être un peu emballé pour vous le montrer, mais vous me connaissez, la patience n’est pas mon fort … »

Ses joues rosirent, il se sentait comme un petit garçon après une bêtise. C’est charmant à trois ans, beaucoup moins à trente …


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I've lost a lot a in this game. Another everyday face with no name, I'm not selling misery, so would you stay around with me. I know that you are afraid, the traces of war linger on my face but I'm not selling misery, maybe some day I'll feel home again.
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